Le duc de Nemours aussitôt arrivé sur le terrain, pendant que les seconds quatre contre quatre, commençaient à ferrailler, s’avança sur Beaufort et lui déchargea un coup de pistolet. La balle passa dans les boucles blondes du roi des Halles, celui-ci hésita un instant, mais voyant Nemours le charger l’épée à la main, il tira à son tour, Nemours tomba comme une masse et mourut pendant qu’on le transportait dans son carrosse. Du côté des seconds les choses allaient aussi vite, il y avait déjà plusieurs blessés, Héricourt, l’un des seconds de Beaufort, était tué par le marquis de Villars qui ne l’avait jamais vu auparavant, et il y eut encore un autre blessé qui mourut peu après.

BALCON RUE THÉVENOT (DÉMOLI EN 1895)

Louis XIV acheta l’hôtel de Vendôme et le fit démolir. Les travaux de la place des Conquêtes commencèrent, mais ils coïncidèrent avec la désertion de la Fortune; fatiguée d’une trop longue constance, elle passait à l’ennemi. Le temps des revers était venu, le grand projet en souffrit, les travaux traînèrent en longueur; puis Mansard modifia les plans ou les réduisit à des proportions plus modestes, on abandonna l’idée de la place en hémicycle et des palais, on éleva les façades tout de même comme un grand décor derrière lequel les acquéreurs des lots purent s’arranger à leur aise.

Enfin le Louis XIV vêtu à la romaine se dressa sur son cheval de bronze et la place, quoique non terminée, s’inaugura par une magnifique cérémonie en 1699. Des financiers surtout habitèrent ces hôtels mis en vente par la ville. En 1792 la place des Conquêtes ou Louis-le-Grand devint la place des Piques, chef-lieu de la section du même nom. La statue de Louis XIV était tombée; transmuée en canons elle aussi, peut-être servit-elle à la conquête des canons ennemis qui fournirent la matière de la gigantesque colonne de la Grande Armée au sommet de laquelle domine un autre violenteur de la Fortune, le grand empereur Napoléon, statue vêtue à la romaine encore et qui déjà connaît le revers des enthousiasmes populaires.

A l’autre extrémité de la ville on travaillait aussi à un gigantesque monument triomphal qui devait porter à 250 pieds au-dessus du sol une troisième statue équestre du roi Soleil; c’était au bout du faubourg Saint-Antoine, à la place du Trône, où déjà s’était élevé un arc de triomphe provisoire pour l’entrée du roi et de la reine Marie-Thérèse, aux fêtes de leur mariage.

A la suite d’un concours entre les architectes, un projet de Perrault avait été adopté. C’était une modification des arcs de triomphe de Rome, avec d’énormes colonnes accouplées formant avant-corps sur le côté des portes. Ce gigantesque piédestal de la statue royale fut commencé, puis faute d’argent on éleva une carcasse de charpente et de plâtre avec un modèle de la statue en attendant de pouvoir reprendre les travaux. La fin du règne arriva, l’arc de triomphe se détériorait, asile d’une innombrable armée de rats, comme plus tard l’éléphant de la Bastille. Sous la Régence on eut bien autre chose à faire que de continuer des arcs de triomphe dédiés au grand roi dont on était débarrassé, on abattit cette ruine...

Deux autres monuments, des arcs de triomphe aussi, construits en 1674, au moment des grands succès de Louis XIV, ont eu plus de chance. Ce sont nos portes Saint-Denis et Saint-Martin qui méritent d’ailleurs cette chance sous tous les rapports, parce que les armées de Louis XIV s’y trouvent associées à son triomphe, et parce que l’architecte Blondel qui les éleva, leur a donné un tout autre aspect que celui de purs pastiches des monuments romains.

Le Paris de Louis XIV a vu les premiers essais réguliers d’éclairage des rues entrepris par la municipalité: il y avait bien eu précédemment, aux époques de troubles, quelques ordonnances enjoignant aux propriétaires de placer après neuf heures une chandelle allumée sur une fenêtre du premier étage de chaque maison, mais ces ordonnances étaient oubliées aussitôt la tranquillité revenue, et Paris retombait dans l’obscurité propice aux entreprises des larrons. Aussi ne sortait-on le soir qu’en cas de nécessité, et, quand on se risquait dehors par des temps sans lune, n’oubliait-on point de se munir d’une lanterne ou d’un falot. Le souci des fondrières le voulait, comme la prudence commandait de ne se point hasarder sans armes dans certains quartiers.

..... La frayeur des nuits précipite mes pas.
Car sitôt que du soir des ombres pacifiques
Au double cadenas font fermer les boutiques:
Que, retiré chez lui, le paisible marchand
Va revoir ses billets et compter son argent;
Que dans le Marché Neuf tout est calme et tranquille,
Les voleurs à l’instant s’emparent de la ville.
Le bois le plus funeste et le moins fréquenté
Est, au prix de Paris, un lieu de sûreté.
Malheur donc à celui qu’une affaire imprévue
Engage un peu trop tard au détour d’une rue!
Bientôt quatre bandits lui serrant les côtés,
La bourse!... Il faut se rendre! ou bien non, résistez,
Afin que votre mort, de tragique mémoire,
Des massacres fameux aille grossir l’histoire...