PARIS moine et Paris escholier, confondus ensemble jusqu’au temps d’Abélard sous les arceaux de Notre-Dame, se confondent et se mêlent encore pendant des siècles quand les écoles essaiment et s’en vont former la grande et puissante Université de l’autre côté de l’eau.

Le Paris qui étudie, c’est le Paris de la rive gauche, l’Université, la ville des escholiers qui devenus trop nombreux pour tenir dans les préaux de la cathédrale et dans les petites rues de l’île déjà trop pleine, trouvant instinctivement cloîtres et dogmes trop étroits, ont franchi la Seine et créé le camp de la science, sur les débris du camp romain, autour et dans les dépendances, les clos et jardins du vieux palais latin.

Il s’y est élevé tant de collèges, tant de nids de clercs et de sorbonnagres, comme dit Rabelais, il y a tant de maisons où se clarifient et se distribuent les choses de l’esprit, les connaissances humaines; tant de collèges petits ou grands, pêle-mêle sur les pentes de la montagne, groupés et enchevêtrés avec les églises et les couvents!

Paris qui prie n’est pas cantonné dans un seul quartier; sur les deux rives de la Seine, des abbayes, des prieurés, des églises, filles de Notre-Dame, nombreuses et rapprochées, parfois se suivant à la file sur les grandes voies, découpent la ville en un nombre infini de paroisses, élevant par-dessus les quartiers à hôtels féodaux et les quartiers où travaille et grouille le populaire en ses maisons serrées, tantôt de superbes clochers merveilleusement découpés, tantôt d’humbles petites flèches ardoisées, ces petites flèches devenues si rares aujourd’hui.

Olivier Truschet et Germain Hoyau, dans la légende d’un plan du XVIᵉ siècle dont l’unique exemplaire a été retrouvé à Bâle, donnant «le vray pourtraict naturel de la ville, cité et Université», comptent au XVIᵉ siècle 104 églises ou monastères et 49 collèges.

Un siècle plus tard les maisons religieuses, églises, couvents, chapelles, hôpitaux dépassent le chiffre de deux cents, et la révolution trouvera encore ce nombre augmenté. Les quatre cinquièmes disparaîtront alors, et si bon nombre de ces édifices au point de vue de l’architecture ne présentaient qu’un intérêt secondaire, certains, il faut le dire, doivent être à jamais regrettés, qui étaient de pures merveilles de notre art national et contenaient dans leurs nefs d’admirables monuments aussitôt détruits ou dispersés, de superbes stalles ou boiseries barbarement jetées au feu, des vitraux d’une splendeur et d’un éclat incomparables, brisés sans pitié.

Il faut distinguer, en ce Paris religieux du moyen âge, les grands fiefs ecclésiastiques dans tout leur appareil féodal, avec leurs tours, leurs prisons, leurs justices,—les grandes églises, suzeraines d’églises dépendantes nées d’elles-mêmes dans le cours des âges,—les chapelles d’hospices, de collèges, de confréries, de corporations,—les prieurés, couvents ou monastères où pullule le peuple innombrable des moines et des nonnes de tout ordre et de toute condition, priant ou travaillant, s’engraissant dans une béate oisiveté ou peinant devant les grabats des pauvres, dans les hôpitaux et maladreries.

Parmi ces établissements religieux innombrables, si divers d’importance et de mérite, il faut mettre à part cinq ou six grandes abbayes qui sont des petites villes dans la grande, des prieurés, des commanderies qui dominent de leur importance la foule des petits couvents.

Les membres du clergé séculier, les prêtres des églises vivant de la vie de leurs paroissiens, en rapport journalier avec chacun pour toutes les occasions de la vie, sont en général estimés et aimés de tous. Leur influence est immense dans l’étendue de leur circonscription petite ou grande, et on ne le verra que trop au temps des luttes religieuses lorsque, devenus boute-feux de la guerre civile, ils mettront malheureusement cette influence au service de la Ligue et feront de leurs paroissiens, ouvriers ou bourgeois, d’enragés combattants des barricades et des remparts.