Après les prospérités des commencements, survint, pour les deux riches abbayes, une ère de cruelles épreuves, avec les invasions normandes. Que Paris se rachetât comme à la première visite des pirates du Nord ou qu’il se défendît, les deux abbayes situées extra muros avaient à supporter le premier choc des terribles ravageurs.
Dès que les nefs normandes apparaissaient en Seine, dès que la fumée des incendies signalait de loin leur approche, les moines de Sainte-Geneviève portaient en lieu sûr les reliques de la sainte et les ornements d’orfèvrerie dont saint Éloi avait revêtu son tombeau; les moines de Saint-Germain mettaient en état de défense leurs murailles ou essayaient de se racheter par une rançon. Puis la ruine et l’incendie s’abattaient sur les édifices. Saint-Germain fut pillé et brûlé, dit-on, cinq fois.
Après le grand siège normand, le long et opiniâtre siège soutenu de 885 à 887 par l’évêque Gozlin et Eudes, comte de Paris, il n’y avait plus que des ruines sur la montagne de Sainte-Geneviève et dans les prés de Saint-Germain, ruines parmi lesquelles les moines se réinstallèrent timidement, se contentant de restaurations partielles.
BAGARRE ENTRE LES ESCHOLIERS ET LES GENS DE L’ABBAYE SUR LE PRÉ AUX CLERCS
Des édifices saccagés par les Normands il ne restait plus à Sainte-Geneviève, lors des démolitions définitives, que certains pans de murailles utilisés, des colonnes, des chapiteaux romains fort remarquables, entrelaçant aux plus bizarres rinceaux les figures humaines et les animaux. Il ne reste à Saint-Germain des Prés que la base de la grosse tour reconstruite avec l’église par l’abbé Morard au XIᵉ siècle, et les colonnes de l’abside aux admirables chapiteaux fouillés avec une verve surprenante, surchargés, parmi les enroulements de feuillages, d’animaux fantastiques, lions ailés, griffons, harpies.
Que de mutilations a subies l’intérieur de Saint-Germain des Prés au siècle dernier! Derrière le petit porche très laid plaqué à la base de la tour, le portail présentait une belle décoration, huit grandes statues d’une beau style admirablement et curieusement drapées, représentant des rois et des reines appuyés aux colonnes. Entrée majestueuse pour l’église mérovingienne. Les bénédictins y voyaient, à droite Thierry, Childebert, Ultrogothe sa femme, et Clotaire; à gauche Clovis, Clotilde, Clodomir, avec saint Rémy. Les statues ont été enlevées; les tombeaux de ces mêmes rois dans la nef ont été violés et détruits, le maître-autel et les châsses ont disparu aussi, bien des remaniements ont eu lieu, succédant à d’autres remaniements, opérés au XVIIᵉ siècle.
A l’extérieur l’église élevait sur les bras du transept deux autres clochers plus petits que celui du portail; on a dû les démolir en 1820, parce qu’ils menaçaient ruine. On devait les reconstruire pour rendre à l’église sa physionomie, particulière entre toutes celles de Paris, elle les attend encore.
Reconstruites à peu près totalement au XIIIᵉ siècle, les deux abbayes, Sainte-Geneviève sur sa colline et Saint-Germain dans ses prairies, présentaient un ensemble d’une imposante splendeur, chacune groupant au pied de son église ses magnifiques bâtiments neufs, ses cloîtres, ses nombreuses dépendances dans un vaste enclos défendu par des murailles garnies de tours.
Sainte-Geneviève couvrait tout le haut de la montagne, dans la ville maintenant, à l’intérieur des murs de Philippe-Auguste, sous la porte Saint-Marcel. A côté de l’église s’élevait le grand pignon du réfectoire; la salle du chapitre et le cloître s’abritaient au pied de la haute tour qui nous reste au-dessus de la rue Clovis. Cette tour, romane par sa base et ogivale ensuite, était le clocher de l’église, privé de son ancienne flèche de pierre par un incendie qui nécessita une reconstruction des étages supérieurs.