LE PRIEURÉ DE SAINT-MARTIN DES CHAMPS (ARTS ET MÉTIERS)

Malgré l’importance et la richesse de la fondation nouvelle, ce ne fut qu’un grand prieuré relevant de l’abbaye de Cluny. Une enceinte formant un immense carré, avec grosses tours aux quatre angles et une vingtaine de tourelles en encorbellement sur des contreforts de distance en distance, enveloppe un jardin considérable, des bâtiments nombreux et les édifices conventuels massés dans l’angle sud-ouest du carré.

L’église est une grande nef sans bas côtés ni transept, rebâtie au XIIIᵉ siècle, mais le chœur irrégulier avec sa petite chapelle absidale en forme de trèfle a un siècle de plus et date du moment où l’architecture semble hésiter encore entre le plein cintre et l’ogive[A].

LE NOUVEAU PIGNON DE SAINT-MARTIN DES CHAMPS (ARTS ET MÉTIERS)

Le portail, sans ornements, est un grand pignon à contreforts accosté d’une tourelle. Sur le côté sud du chœur s’élève un gros clocher à ouvertures romanes, probablement de la fondation du prieuré au XIᵉ siècle. Parallèlement à l’église s’étend un deuxième bâtiment moins haut et moins long, c’est le réfectoire des moines dont on attribue la construction à Pierre de Montereau, l’architecte de la Sainte-Chapelle. Merveille d’élégance à l’intérieur, ce réfectoire est partagé en deux nefs aux belles voûtes portées par une épine de colonnes, d’une prodigieuse légèreté. En ce petit chef-d’œuvre de l’art du XIIIᵉ siècle, quand les moines viennent prendre leur repas, l’un d’eux monte faire une lecture pieuse, assis dans une tribune suspendue à la muraille. Cette chaire du lecteur, annexe gracieuse de l’édifice, s’accuse à l’extérieur par une saillie entre deux contreforts; à l’intérieur un escalier, ajouré sur la grande salle par de hautes lancettes trilobées, fait accéder au balcon de pierre de cette chaire, porté par un encorbellement revêtu de feuillages sculptés. Un cloître vaste et superbe orné de statues de rois, une belle chapelle de la Vierge dans le style de la Sainte-Chapelle, une salle pour le Chapitre, une tour des Archives et de grands bâtiments consacrés au logement du prieur, des dignitaires et des moines, complètent l’ensemble du monastère.

M. Hippolyte Cocheris, le continuateur de l’abbé Le Bœuf, a trouvé dans un manuscrit des Archives, registre écrit en 1340 par le prieur Bertrand de Pibrac, de très curieux détails sur l’organisation intérieure du prieuré, qui comportait en son temps cinquante moines et des dignitaires, assistés d’un nombre considérable d’officiers divers et de subalternes religieux ou laïques. Le registre Bertrand énumère les droits et attributions de chacun en commençant par le prieur:

«Nous avons dans tout notre territoire de Saint-Martin, tant à Paris que dans les faubourgs et les villages touchant à la ville de Paris où sont trente mille feux environ, toute justice haute, moyenne et basse, pour laquelle juridiction tant au civil qu’au criminel, nous instituons un camérier, un maire, un tabellion et des sergents. Et il est appelé de l’audience desdits camériers et maire à notre assise, pour corriger le jugement, et du jugement de ladite assise au prévôt de Paris et de celui-ci au Parlement. Il est délivré par nous ou par le maire en notre nom toutes mesures des grains et des vins sur tout le territoire désigné ci-dessus... Il nous est permis de confisquer tous les biens meubles et immeubles de nos sujets et serviteurs qui conspirent ou machinent contre notre personne... item, nous percevons droits sur les amendes, défauts, épaves et forfaitures... item, tous ceux qui vendent du vin doivent chaque année apporter leur mesure à Saint-Martin devant notre maire et faire vérifier ces mesures sur l’étalon,... etc.»