LE DUEL CARROUGES ET LE GRIS DANS LA LICE DE SAINT-MARTIN
Parmi les principaux couvents éparpillés dans ce Paris bruyant et animé de la rive droite, il faut mettre au premier rang les Célestins, établis sur l’emplacement précédemment occupé par les Carmes. Ces religieux, venant d’un monastère de la forêt de Compiègne, obtinrent la faveur de Charles V, leur voisin de l’hôtel Saint-Paul, et des grands personnages de la cour. Sur la berge de la Seine devant le port Saint-Paul, entre le grand Hôtel Royal et l’Arsenal, Charles V leur fit construire une église dont il posa la première pierre en 1335 et le couvent s’enrichit et s’embellit bien vite par les donations royales et princières.
M. de Guilhermy, parlant des couvents secondaires qui s’établissaient partout
LES CORDELIERS APPRENANT L’EXERCICE.—1588
en quantités prodigieuses aux XIIIᵉ et XIVᵉ siècles, et qui n’offraient pas l’ampleur des grands abbayes des siècles précédents, «ni les splendeurs de Cluny, les magnificences de la famille bénédictine ou les sévères grandeurs de Clairvaux», rappelle que les églises de ces couvents secondaires n’étaient que d’immenses nefs, souvent à voûtes de bois, avec une petite flèche aiguë couverte d’ardoises.
«Si les églises des couvents n’avaient plus, dit-il, ce grand caractère des anciens édifices sacrés, elles furent en revanche richement décorées: les fidèles fondaient à l’envi de brillantes chapelles dans leurs monastères préférés. A Paris plus qu’ailleurs, la mode exerce en toute chose son influence; il fut de bon ton d’avoir une sépulture de famille dans l’église ou dans le cloître d’un couvent. C’est ainsi que les églises des Cordeliers et des Jacobins étaient devenues de vrais musées de sculpture, toutes meublées de statues et de tombeaux...»
Église aristocratique, couvent admirablement placé au milieu de tous les logis féodaux qui entouraient alors l’hôtel royal de Saint-Paul «hostel solennel des grands esbattements», lequel était lui-même, non pas seulement un château royal, mais une vaste réunion d’hôtels habités par les princes du sang et les hauts personnages de la cour, on conçoit qu’à l’ombre de la monarchie et sous la protection royale couvrant «nos bien aimez chapelains et orateurs en Dieu, prieur et couvent de nostre prieuré et monastère de Notre-Dame des Célestins de Paris», les Célestins aient prospéré vite et largement.