En 1359, à la fin de la grande sédition, quand le prévôt Étienne Marcel et cinquante de ses partisans furent tués à la porte Saint-Antoine, qu’en désespoir de cause ils allaient livrer aux troupes anglaises et navarraises, leurs corps furent jetés nus et exposés pendant plusieurs jours dans le préau de Sainte-Catherine, où venaient les rejoindre les corps décapités des autres personnages ayant marqué dans les troubles.

Nombreuses aussi sont les communautés de femmes dans la ville du moyen âge; leur nombre ne diminuera pas, au contraire, dans les siècles qui suivront. Extra muros, dans le faubourg qui naît en avant de la Bastille Saint-Antoine, il y a l’abbaye de Saint-Antoine des Champs, fondée au XIIᵉ siècle et qui commença par être un couvent de repenties recevant les folles femmes désireuses de revenir à meilleure vie. Ces filles repenties de Saint-Antoine pour comble de pénitence faisaient des pèlerinages par la ville pieds nus et en chemise de grosse toile semblable à des sacs, ce qui sur leur passage, excitait plus de rires et de quolibets que d’édification parmi les curieux ameutés.

De cette abbaye de Saint-Antoine l’église, fort belle, fut élevée par Blanche de Castille en mémoire de la naissance de saint Louis, son fils. Tout proche se trouve une chapelle dédiée à saint Hubert et une maladrerie appelée le Répit de Saint-Hubert, hôpital où les malheureux mordus par les chiens enragés viennent se recommander au patron des chasseurs.

L’abbaye, isolée par sa situation dans la campagne sur le chemin qui mène à Vincennes, est entourée d’une muraille et d’un fossé; à l’un des angles de l’enclos, une croix a été élevée, appelée la Croix des Trahisons. Une inscription dit la raison de ce nom:

L’an MCCCCLXV
fut ici tenu le landit des Trahisons
et fut par une trèves
qui furent données
Maudit soit-il qui en fut cause.

Ce landit des trahisons, c’est-à-dire suivant le sens du vieux mot landit, la réunion des trahisons, c’était le marché aux négociations au moment de la ligue du bien public, après la singulière bataille de Montlhéry où les deux armées se mirent mutuellement en déroute et se passèrent sur le corps pour battre en retraite. Princes et seigneurs venaient parlementer à Saint-Antoine, marchandaient de la paix avec le roi Louis XI qui tenait Paris et cherchaient à tirer chacun quelque bribe de la monarchie, quelque bon duché ou comté, quelques villes, quelque charge ou pour le moins quelque argent; tous, suivant la qualité et la force du traitant «butinant le monarque et le mettant au pillage», comme dit Commines. Louis XI donna, assura, jura tout ce que l’on voulut, se promettant bien de tout reprendre ou de ne rien tenir. Et ce fut l’année où, suivant une chronique, la vigne ne donna pas, parce que les sarments (serments) n’avaient rien valu.

La rue Saint-Denis possède le grand couvent des Filles-Dieu, fondation de saint Louis. L’origine de plusieurs couvents de femmes de ces temps est la même. Pauvreté, alors comme en bien d’autres siècles, jetait beaucoup de filles ou femmes des grandes villes en «péché de luxure».

Par moments le mal devenait si grand que l’on cherchait par tous les moyens à l’atténuer; des ordonnances de la Prévôté parquaient les femmes folles de leurs corps en certaines rues, en certains quartiers, et leur interdisait le reste de la ville sous peines sévères, mais la barrière était bientôt franchie, ces rues et ces quartiers spéciaux débordaient bientôt sur leur voisinage et tout se retrouvait comme devant.

DÉPENDANCES DU COUVENT DES GUILLEMITES, RUE DES GUILLEMITES