Les évêques de Paris essayaient des sermons, tentaient de véritables croisades de conversions, fondaient des maisons de refuge pour les pécheresses fuyant les quartiers licencieux des ribaudes, le Val d’amour aux tavernes hantées par la débauche, bâtissaient des hospices pour celles «qui pendant toute leur vie avaient abusé de leur corps et à la fin étaient tombées en mendicité».

La maison des Filles-Dieu, fondée hors Paris, recueillit deux cents de ces pénitentes qui rachetaient leurs fautes passées en soignant les malades de l’hôpital Saint-Lazare.

Au couvent des Filles-Dieu comme en d’autres maisons de repenties, il y avait une limite d’âge que les pécheresses ne devaient pas dépasser. Après l’âge de trente ans elles n’étaient plus admises à venir y pleurer leurs erreurs. Il eût été trop commode aux Madeleines tardives, on le comprend, de ne songer à la conversion qu’à l’heure où la rue ne voulait plus d’elles. De plus, elles devaient en entrant jurer qu’elles ne s’étaient pas jetées dans leur vie de désordres exprès, en vue de se créer des droits à cette retraite chez les pénitentes.

LES CORPS D’ÉTIENNE MARCEL ET DE SES PARTISANS DANS LE PRÉAU DE SAINTE-CATHERINE

Sous Charles V, pendant les grands ravages des Anglais autour de Paris, leur couvent ayant été brûlé, les Filles-Dieu qui n’étaient plus, bien entendu, des pécheresses repenties comme à l’origine, vinrent en 1360 s’établir rue Saint-Denis, dans un petit hôpital fondé en 1216 pour loger une nuit les femmes pauvres passant par Paris, auquel hôpital elles ajoutèrent de nouveaux bâtiments et une église. Puis la décadence vint, le couvent et les biens des Filles-Dieu passèrent, à la fin du XVᵉ siècle, à l’ordre de Fontevrault.

En ces temps chaque condamné que l’on mène supplicier à Montfaucon fait, par suite d’une coutume ancienne, une dernière station à l’église des Filles-Dieu. Les religieuses viennent le recevoir, lui apportent trois morceaux de pain, un verre de vin et le mènent baiser un crucifix placé extérieurement sur le mur de l’église, pour lui inspirer le courage de continuer sa route douloureuse.

Que de fondations pieuses dans ces rues de Paris où la charité avait éparpillé un peu partout les petits hospices, les refuges et les lieux de secours; fondations infimes souvent, nées des libéralités de quelque bourgeois à son lit de mort, administrées simplement et naïvement, entretenues par les aumônes implorées dans les rues de Paris, où chaque matin des nonnes, des moines attachés à ces humbles établissements vont «crier leur pain», concurremment avec des frères quêteurs d’autres ordres, mendiant pour eux-mêmes ceux-là et qui, bien que fort riches, leur font une concurrence désastreuse et prennent pour leur superflu le nécessaire des malheureux.

Aus frères de Saint-Jacques pain
Pain, por Dieu, aus frères menors
Cels je tiens por bons perneors
Aus frères de Saint-Augustin
Icil vont criant par matin
Du pain aus sas, pain aus barrez,
Aus povres prisons enserrés,
A cels du Val des Écoliers
Li uns avant, li autres arriers
Aus frères des pies demandent
Et li croisés pas ne s’atandent,
A pain crier mettent grand peine
Et li aveugle à haute alaine,
Du pain a cels du Champ-pourri
Dont moult souvent, sachiez, me ri,
Les bons Enfants orrez crier:
Du pain, nes veuil pas oublier
Les Filles Dieu savent bien dire:
Du pain pour Jhésu notre sire.
Ça du pain, por Dieu, aus sachesses...

C’est un poète du XIIIᵉ siècle, Guillaume de la Villeneuve, qui, dans une pièce intitulée les Crieries de Paris, ayant rapporté toutes les crieries des marchands des rues, des vendeurs de fruits, de volailles, de légumes, de poisson de mer et d’eau douce, des marchands de boissons diverses, de pâtés et de gâteaux, des marchands d’habits et de friperies, des crieurs d’actes officiels, du clocheteur des trépassés, etc., en arrive aux quémandeurs des couvents et des écoles, sans distinguer entre les couvents riches et les autres, les pieuses institutions qui n’ont vraiment pour vivre que la charité publique.