L’ÉGLISE DES JACOBINS DE LA RUE SAINT-JACQUES

IV

LE VAL-DE-GRACE

Les Églises des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles.—Le vandalisme à perruque et manchettes de dentelles.—Mutilations et amputations.—Saint-Étienne du Mont, Val-de-Grâce.—La Révolution.—Les édifices déséglisés.—Fermetures et destructions.—Clubs et prisons, Temples, Marchés ou magasins.—La grande démolition.

LES révolutions du goût ne sont pas moins dangereuses pour les églises de Paris que les révolutions politiques. Les révolutions politiques abattent, les Révolutions du goût mutilent, charcutent. Les édifices n’en meurent pas toujours, mais ils restent estropiés, amputés ou raccommodés avec des membres d’occasion.

Ce fut le sort de beaucoup d’églises gothiques à partir du XVIᵉ siècle, quand l’art ogival commença à être regardé comme vieillot et suranné. Au début du grand mouvement de la Renaissance, comme le XVᵉ siècle dans sa deuxième partie, plus heureuse que la première, achevait à peine de réparer les désastres de la guerre civile et de la guerre anglaise, de déblayer les ruines, de relever dans le style flamboyant les édifices détruits, de donner à tant d’églises touchées par le temps ou abattues par la guerre, ces beaux portails si délicatement ouvragés, le XVIᵉ siècle survenant ne trouva plus les édifices à son goût. Ce siècle donna le premier l’exemple mauvais et dangereux de mépriser ses prédécesseurs. Il croyait avoir retrouvé, dans les ruines de la Rome antique, l’art pur et unique, en dehors duquel rien n’existait que barbarie. François Iᵉʳ, rapportant d’outre-mont cette idée de la supériorité de l’art et des artistes d’Italie, projeta même, pour sa capitale, un grand travail de transformation des façades des principales églises gothiques qu’on aurait mises au goût du jour par un rhabillage et des applications de colonnades antiques.

Cependant le XVIᵉ siècle, gardant la structure gothique et modifiant seulement les détails, créa encore de belles œuvres, à preuve l’élégante église Saint-Eustache; le fond de l’étoffe est le même, ce sont les broderies seules qui ont changé. Vint le XVIIᵉ siècle qui se libéra complètement des traditions et des formules ogivales. Et pour les remplacer par quoi? Par la pompe, l’excès de richesse et l’ostentation, par la lourdeur aussi, quand ce n’est point par la sécheresse et l’ennui.