Louis XIV, âgé de sept ans, posa la première pierre en grande cérémonie. «Les mousquetaires rangés en double haie occupaient le haut de l’ouverture des fondations. Les Suisses étaient dans la tranchée sur les parois de laquelle s’étendaient de magnifiques tapisseries du Louvre, plusieurs tentes avaient été dressées pour cette magnifique solennité. Huit étaient destinées aux religieuses, mais celles-ci, par esprit d’humilité, préférèrent rester dans leur couvent. Jean-François de Gondi, en camail et en rochet avec l’étole, précédé des porte-croix et des porte-crosses, escorté d’un nombreux clergé, bénit la pierre et les tranchées destinées aux fondations. La musique du roy pendant la cérémonie accompagnait le chant des chœurs...»
Les grands artistes des commencements du règne de Louis, François Mansard, Jacques Lemercier, Mignard, Michel Auguier, etc... accumulèrent pour cette église toutes les recherches d’une pompe majestueuse, toutes les richesses d’une décoration non plus religieuse, mais plutôt courtisanesque. C’est autant une église dédiée au roi qu’un temple élevé à Dieu.
Il fut décidé, en 1662, que le Val de Grâce donnerait la sépulture aux cœurs des princes et princesses de la famille royale. En 1792, quarante-cinq cœurs furent enlevés de la chapelle Sainte-Anne et dispersés, pendant que les boîtes de métal précieux s’en allaient à la Monnaie.
Le XVIIᵉ siècle, dans sa deuxième moitié, éleva au bout du faubourg Saint-Germain l’église des Invalides.
C’est une autre église du même style, plus grande, plus large, plus majestueuse; une autre coupole aux proportions plus vastes, d’une décoration plus somptueuse. L’église d’abord n’avait point de dôme. Hardouin Mansard posa ce gigantesque couronnement des grands bâtiments de l’hôtel qui se développent avec une ampleur non moins majestueuse à l’extrémité de larges avenues. Hélas! ce refuge ouvert aux pauvres soldats qui ont reçu les faveurs de Bellone sous forme de balles, de boulets ou de coups de sabre, le Grand Roi a bien pu lui donner d’immenses proportions pour recueillir un certain nombre de militaires estropiés en ses batailles, mais il est triste de songer que le moindre combat d’aujourd’hui remplirait à lui seul une douzaine d’édifices de cette taille.
Aussi a-t-on changé sa destination; au lieu d’un refuge d’invalides, au lieu d’un musée de glorieux débris humains échappés au fer et au feu, on en a fait le musée des engins qui faisaient ces invalides, l’hôtel des vieux canons illustrés dans les combats, des antiques carapaces de chevaliers, des vieilles armes vaillantes du corps à corps et du tir à trois cents pas au plus, engins démodés, remplacés aujourd’hui par des instruments de précision à trop longue portée et par les derniers produits de la chimie.
On peut encore citer Saint-Nicolas du Chardonnet reconstruit au XVIIᵉ siècle, sous la direction de Lebrun, et qui renferme le tombeau élevé par Lebrun à sa mère et celui du peintre lui-même. L’église attend encore un portail; telle qu’elle est, avec son pignon provisoire depuis deux siècles, et les masures au pied de la tour restée de l’église primitive du vieux clos du Chardonnet, l’église ne manque pas de pittoresque.
Le XVIIIᵉ siècle acheva un certain nombre d’églises commencées sous Louis XIV et dont la construction avait été ralentie ou interrompue par le manque d’argent; il acheva le nouveau Saint-Sulpice, dont le portail ne manque pas d’une certaine grandeur, à la place d’un petit Saint-Sulpice gothique; il acheva Saint-Roch assez laid et qui ne vaut que comme fond de tableau à l’épisode du 13 Vendémiaire. C’est sur ce portail gris que se détache nettement le profil du général Bonaparte, entrevu pour la première fois, quand il se fait connaître en mitraillant les sections royalistes insurgées contre la Convention et massées sur les marches du perron.
Quelques autres églises sans importance sont l’œuvre de ce siècle XVIIIᵉ, qui a surtout beaucoup démoli. Ce siècle a commencé la nouvelle église Sainte-Geneviève (le Panthéon) et la Madeleine. Au Panthéon, l’église souterraine fut établie en 1758 avec les ressources fournies par une loterie. Le temps n’était plus où les Cathédrales poussaient toutes seules dans un élan de foi, et l’on recourait aux loteries pour avoir des fonds.
Beaucoup d’églises alors doivent ainsi naissance à la loterie. Louis XV, Clovis de la nouvelle Sainte-Geneviève, posa la première pierre de l’église supérieure en 1763.