Dedans Paris les sciences florissent
Et gens sçavants en ce lieu resplendissent
Plus qu’en nul lieu car Pallas y octroye
Autant et plus qu’en Athènes ou Troie
Le sien séjour et les muses sçavantes
Font en ce lieu leur demeure tenantes...
A la Sorbonne fondée par Robert de Sorbon, chapelain de saint Louis, choisi par le roi «pour la grant renommée qu’il avait d’être prudhomme», sont les grandes écoles de théologie qui ont commencé bien modestement, avec quelques professeurs et quelques boursiers en une pauvre maison. Les leçons des maîtres donnèrent rapidement à la maison de Sorbonne une célébrité sans pareille, une prospérité extraordinaire et une autorité sur toutes les matières de la foi, domaine légitime dont on ne se contenta point aux siècles troublés, quand les docteurs de la Sorbonne voulurent étendre cette autorité sur les choses de la politique.
Sur la savante montagne Sainte-Geneviève brille l’étoile de la pensée que ne voileront pas les obscurités de la scholastique, le pédantisme des études; et toutes les difficultés des épreuves et des thèses, le terrible renom des Sorbonnagres, la rigueur des maîtres des diverses écoles, ne rebuteront point la jeunesse avide de cette science qu’on lui sert pourtant sous épineuse enveloppe et qu’il lui faut décortiquer avec les dents effilées de l’intelligence. Et voyez comme dans son Traité des louanges de Paris Jean de Jaudun, un moine du XIVᵉ siècle, parle avec une emphase respectueuse de ces maîtres:
«... Dans la très paisible rue nommée de Sorbonne comme aussi dans nombre de maisons religieuses on peut admirer des pères vénérables, des seigneurs et pour ainsi dire des satrapes célestes et divins parvenus heureusement au faîte de la perfection humaine qui élucident solennellement les textes sacrés...»
Les écoles de droit ou de décret sont au-dessus de la commanderie de Saint-Jean de Latran, sur l’ancien clos Bruneau, autrefois l’un des petits vignobles couvrant les pentes de la colline, clos fameux chez les écoliers, où se sont installés plusieurs collèges, Beauvais, Presles, etc. «Dans la rue qu’on nomme clos Bruneau, les utiles lecteurs des décrets et des décrétales proposent leurs doctrines devant une multitude nombreuse d’auditeurs.» C’est le berceau de la faculté de droit restée fidèle au clos Bruneau jusqu’à la fin du siècle dernier, époque où les bâtiments de la rue Saint-Jean-de-Beauvais tombant en ruines, l’École émigra dans l’édifice construit pour elle à l’un des angles de la place devant le Panthéon.
Les écoles de médecine furent moins bien partagées que les écoles de théologie, de droit ou de grammaire, elles restèrent longtemps errantes, logées n’importe où. La médecine n’eut son local à elle qu’au XVᵉ siècle, quand on l’installa dans une maison de la rue de la Bucherie. Jusque-là l’enseignement dut se donner dans d’assez mauvaises conditions, on ne sait pas où exactement, dans les maisons des mires ou médecins, dont la science confuse, composée surtout de pratiques empiriques, n’était pas tenue en grand honneur alors et qui n’avaient pu trouver place dans l’Université.
Les docteurs se réunissaient dans des chapelles d’églises, à Saint-Jacques la Boucherie, aux Mathurins, et surtout autour du bénitier de Notre-Dame où se tenaient les assemblées générales. Le médecin de Charles VII, Desparts, légua à sa mort une somme d’argent à la faculté de médecine pour lui assurer un local. C’est alors que fut achetée aux Chartreux la maison de la rue de la Bucherie, installation modeste qui s’agrandit un peu par la suite.
Quant aux écoles de grammaire de la faculté des Arts, elles occupent pendant quatre siècles la vieille rue du Fouarre, bordée de locaux que chaque jour remplissent les étudiants assis ou couchés sur la paille devant la chaire des maîtres, locaux trop petits pour la foule qui s’y presse, qui déborde dans la rue et s’efforce de recueillir l’enseignement qui lui arrive par les fenêtres ouvertes quand il n’est pas donné en plein air dans la rue même.
Les collèges sont au nombre d’une cinquantaine peut-être, quelques-uns ont des maîtres et des cours suivis, mais bon nombre ne sont en réalité que des logis d’étudiants qui suivent les cours des grandes écoles. Ces collèges sont des fondations de hauts personnages, de dignitaires de l’Église ou de simples particuliers qui ont acheté des maisons pour recevoir les écoliers de leur province, de leur diocèse ou de leur ville. Il y a aussi des collèges étrangers, pour les étudiants attirés d’Angleterre, d’Italie, des pays d’Allemagne, et même de plus loin, par la renommée de l’Université parisienne.
Aucune uniformité dans le régime de ces maisons, entretenues plus ou moins bien par des donations, des rentes diverses, fournies quelquefois par de nobles seigneurs, souvent par des legs d’écoliers parvenus, d’honnêtes bourgeois, de bons chanoines, anciens écoliers reconnaissants envers la maison qui donna la pâture intellectuelle et matérielle à leur jeunesse studieuse.