Sous Philippe-Auguste, on comptait déjà plus de deux mille écoliers, mais ils n’avaient point encore de quartier particulier. Dispersés un peu partout, ils venaient aux écoles de Notre-Dame, de Saint-Germain l’Auxerrois ou d’ailleurs,
LA TÊTE DE LA PRINCESSE DE LAMBALLE PROMENÉE SOUS LES FENÊTRES DU TEMPLE
Imp. Draeger & Lesieur, Paris
«personne ne s’étant encore avisé de fonder des collèges ou hospices. Je me sers du mot hospice, dit Sauval, non sans raison, car les collèges qu’on vint à bâtir d’abord n’étaient simplement que pour loger et nourrir de pauvres étudiants. Que si depuis on y a fait tant d’écoles, ce n’a été que longtemps après et pour perfectionner ce que les fondateurs en quelque façon n’avaient qu’ébauché».
Joinville raconte que saint Louis fit acheter «maisons qui sont en deux rues près le palais des Thermes, esquelles il fit faire maisons bonnes et grandes pour ce que escholiers étudiant à Paris demeurassent illecques à toujours: et encore de ces maisons sont aucunes louées à autres écoliers, desquelles le prix ou le louage est converti au profit des pauvres écoliers devant dis».
Bon nombre de ces écoliers venant des provinces lointaines, boursiers de quelque fondation, ne trouvent donc en arrivant à leur collège que le couvert et doivent se pourvoir du reste, c’est une affaire entendue, tandis que d’autres établissements plus riches nourrissent leurs boursiers ou leur donnent chaque semaine quelques deniers pour s’arranger à leur guise. Parmi les grands collèges qui sont quelque chose de plus que des hôtelleries sans cuisine, le collège de Montaigu, très important, est l’un des plus durs, comme régime de vie intérieure, comme aussi l’un des plus pauvres.
LE MAITRE FOUETTEUR DU COLLÈGE MONTAIGU
C’est là que les écoliers sont le moins nourris et le plus battus, car en ces temps, l’une des façons réputées les meilleures de faire entrer la science dans la tête des étudiants, c’est de distribuer largement les étrivières sur une autre partie du corps. On ne s’en fait pas faute à Montaigu, certain frère fouetteur de Montaigu gagna une telle réputation de forte poigne que parfois les autres collèges l’envoyaient chercher. «Tempeste, dit Rabelais parlant du principal de son temps, fut un grand fouetteur d’escholiers au collège de Montagut; si pour fouetter pauvres petits enfants, escholiers innocents, les pédagogues sont damnés, il est, sur mon honneur en la roue d’Ixion, fouettant le chien courtaut qui l’esbranle.» Rabelais appelle Montaigu collège de pouillerie et Pornocrates, le maître de Grandgousier s’indignant «de l’énorme cruauté et villenye qu’il y connut, car trop mieux sont traités les forçats chez les Maures, les meurtriers en la prison criminelle, voire certes les chiens en votre maison, dit que s’il était roy de Paris, il ferait brusler et principal et régents».