[Note 438: ][ (retour) ] Id., 26 août.
[Note 439: ][ (retour) ] Rapport de Caulaincourt du 10 juillet 1808.
Il n'était jamais entré dans la pensée de Napoléon de se soustraire à cette échéance, sauf dans l'hypothèse d'un accommodement avec l'Angleterre, mais seulement de la retarder. S'il répugnait encore à préciser ses engagements avec la Russie, il admettait toujours le principe du partage pour le cas où la cour de Londres perpétuerait la lutte. Il comprenait également le danger de mettre à une épreuve trop prolongée la patience d'Alexandre. Aussi, dès le mois de mai, à peine maître des négociations de Bayonne et assuré de l'effacement des Bourbons, considérant que le plus difficile de sa tâche au Midi est accompli, il reporte sur l'Orient une part de son attention. Un coup d'œil jeté sur le plan de morcellement dressé par Roumiantsof lui avait suffi pour le juger inadmissible en bien des points: un examen plus sérieux ne fit que le fortifier dans cette conviction; néanmoins, il ne désespérait pas de concilier un jour les prétentions respectives, et dès à présent, dans le but de raviver les espérances d'Alexandre plutôt que d'arriver à un accord immédiat, il ne se refusa point à reprendre le débat.
La note de Roumiantsof et la lettre confirmative d'Alexandre, en posant comme condition à l'entrevue un accord préalable sur les bases du partage, l'obligeaient de modifier sa tactique. Au lieu de tout régler seul à seul avec Alexandre, ainsi qu'il l'avait désiré, il lui fallait se résoudre à traiter de loin et par intermédiaires. Il essaya d'entrer dans cette voie. Il initia tout à fait M. de Champagny au secret, disposa entre ses mains les différentes pièces venues de Pétersbourg, et lui commanda à leur sujet un travail étendu [441]. Le 22, il fait annoncer à Caulaincourt l'envoi d'un mémoire ministériel, en réponse à celui de Roumiantsof [442]. Cependant les jours, puis les semaines s'écoulent, et l'expédition annoncée se fait attendre. Pourquoi ce nouveau retard? Approfondissant la question, Napoléon a reconnu une fois de plus l'impossibilité de la trancher par les armes ordinaires de la diplomatie, à coup de notes, de dépêches, de propositions et de contre-projets. Dans une affaire qui engage le sort du monde, il n'admet décidément d'autre négociateur que lui-même. Peut-être aussi hésite-t-il à livrer aux Russes une pièce dont ils pourront faire usage contre lui-même, si l'accord ne se réalise pas et que l'alliance se rompe, à laisser une preuve écrite de ses intentions destructives. Il revient donc à son idée première, celle de l'entrevue sans conditions, s'y attache obstinément, veut l'imposer. Le 31 mai, il écrit à Caulaincourt de la présenter à nouveau; l'ambassadeur devra remontrer la nécessité de tout renvoyer à une explication de bonne foi entre les deux souverains, acceptée en dehors d'engagements qui viendraient restreindre et contrarier les élans de leur confiance: il leur faut se voir pour s'entendre, et c'est à leur amitié seule qu'ils doivent remettre le soin de concilier leurs intérêts [443].
[Note 441: ][ (retour) ] Champagny à Caulaincourt, 2 avril 1808.
[Note 442: ][ (retour) ] Corresp., 13955 Champagny à Caulaincourt, 23 mai 1808.
[Note 443: ][ (retour) ] Instruction du 31 mai, dont Caulaincourt accuse réception dans sa lettre du 29 juin 1808.
À l'heure où cette lettre fut envoyée, elle n'avait plus d'objet. Répondant victorieusement aux reproches de son maître, Caulaincourt avait devancé ses ordres; continuant d'agir dans le sens de ses instructions antérieures, il avait redemandé et obtenu l'entrevue sans conditions.
Il dut ce succès à la lassitude plutôt qu'à l'empressement d'Alexandre. Énervé de l'attente, partagé de plus en plus entre le doute et l'espoir, le Tsar préférait à tout une certitude, et celle de se rencontrer avec Napoléon au cours de l'année, d'échanger avec lui des explications catégoriques, donnerait à son impatience un premier soulagement. De plus, sous le coup du malheur privé qui venait de le frapper, il passait par une phase plus prononcée de découragement et d'abandon: sa force de résistance s'en trouvait diminuée. Après les premiers jours de son deuil, il voulut recevoir Caulaincourt avant tout autre: il lui parla de son chagrin, lui ouvrit son cœur, puis, revenant aux affaires par un effort sur lui-même: «Moi, dit-il, j'ai toujours désiré l'entrevue, j'ai toute confiance en l'Empereur. Il vous écrivait bien de mettre le compas sur la carte; mais, par ma lettre, il semblait qu'on devait préalablement s'entendre sur quelques bases, puis il n'y aurait pas eu d'inconvénient à trouver les grandes discussions terminées en nous voyant. Les détails étaient encore assez importants pour nous occuper. Vous a-t-on répondu quelque chose sur ce que vous avez envoyé? Y a-t-il des difficultés sur la langue de chat?