[Note 287: ][ (retour) ] Id., 16058.

[Note 288: ][ (retour) ] Ernouf, 272.

[Note 289: ][ (retour) ] Ernouf, 274.

Ce mot dévoile et éclaire à fond sa pensée. Son but est de placer l'Autriche à sa disposition, afin de la trouver en cas de besoin. Ce qu'il veut de cette cour, c'est qu'elle lui tienne tout prêt, pour ainsi dire, un parti de rechange, et il s'agit de l'amener, par une préparation habile, à nous offrir ce que nous n'avons pas à lui demander, en présence des démarches ordonnées ailleurs et expressément maintenues [290]. Ce serait trop de dire que Napoléon, engageant double jeu, ait entendu négocier sur le même pied tant à Vienne qu'au Palais d'hiver, afin de prolonger et de réserver la liberté de son choix. En décembre 1809, ce choix est fait; s'étant prononcé pour la Russie, l'Empereur ne s'occupe qu'éventuellement de l'Autriche, et il ne tient à s'assurer de la seconde qu'à titre de précaution contre une réponse négative ou douteuse de la première. La différence qu'il met entre les deux négociations achève de se révéler par sa manière de les conduire. À Pétersbourg, c'est l'ambassadeur qui doit porter la parole, en termes clairs et pressants, en vertu d'instructions transmises par la voie hiérarchique, émanées de son ministre; avec l'Autriche, les intermédiaires choisis seront des personnages sans grande conséquence, des femmes, certains familiers des deux cours, accrédités seulement par l'habitude et la confiance: la négociation se dispersera en des mains diverses, et c'est le ministre intime, M. de Bassano, qui en dirigera et en réunira les fils. En Russie, tout se passera officiellement, dans le cabinet du souverain; avec les représentants de l'autre cour, on se contentera d'allusions réitérées, mais légères, placées en toute occasion et en tout lieu, dans les salons, en visite, au bal, au cours de ces conversations mondaines qui s'interrompent et se reprennent avec une égale facilité: on traite avec la Russie, on ne veut que causer avec l'Autriche.

[Note 290: ][ (retour) ] Le lendemain, Champagny écrirait a Caulaincourt le billet suivant: «L'envoi que j'ai l'honneur de vous faire du Moniteur de ce jour (où figurait le sénatus-consulte), vous prouvera la nécessité d'une réponse prompte et décisive à mes deux lettres chiffrées des 22 novembre et 13 décembre. L'Empereur l'attend avec impatience.» Cf. l'observation portée à l'Appendice, I, lettre B, au sujet des paroles prononcées par Cambacérès le 12 décembre devant l'officialité de Paris.

II

Par un concours de circonstances fortuites, la négociation subsidiaire s'entama avant l'action principale. Suivant tous les calculs, l'instruction initiale au duc de Vicence devait parvenir à Pétersbourg dans la première semaine de décembre. Le courrier fut retardé par les neiges, par les rigueurs de l'hiver russe, par les formalités de la frontière, et les dépêches qu'il portait, froissées, maculées, à peine lisibles, n'arrivèrent que le 14 aux mains de l'ambassadeur. Depuis le 10, Alexandre avait quitté sa capitale; il voyageait dans l'intérieur de son empire, ayant voulu revoir Moscou et passer quelques instants auprès de sa sœur Catherine, établie dans le gouvernement de Tver. Il ne rentrerait à Pétersbourg que dans les derniers jours du mois; toutes paroles durent être renvoyées à l'extrême fin de décembre ou au commencement de janvier.

Avec l'Autriche, il était plus aisé de s'aboucher; on avait affaire à son représentant en France; on était tout porté, on négociait chez soi, et d'autre part l'ambassadeur pouvait, en douze à quinze jours, consulter son gouvernement et recevoir une réponse. Les pourparlers, dans la forme spécifiée à Trianon, furent donc activement menés. D'abord, il parut indispensable de faire croire à la cour de Vienne, contrairement à la réalité et aux apparences, que l'Empereur n'avait d'engagement avec personne: la notification du divorce aux gouvernements européens fut rédigée de manière à lui donner cette assurance. Le 17 décembre, dans une circulaire adressée à tous nos agents et destinée à leur fournir la version officielle des événements, le duc de Cadore écrivit que l'Empereur n'avait nullement déterminé ses préférences; le cœur de Sa Majesté était bien trop affligé pour qu'elle eût pu s'occuper encore de pareils objets [291]. Ces phrases sentimentales avaient un but très pratique, qui était de laisser le champ ouvert à la concurrence: la circulaire fut communiquée à toutes les cours, sauf, bien entendu, à celle de Russie, et devait encourager l'Autriche à s'offrir. Les jours suivants, M. de Laborde, à raison des confidences qu'il avait reçues à Vienne, fut choisi par le duc de Bassano pour porter les premières paroles. Avant la fin de décembre, il vit Schwartzenberg, le trouva personnellement bien disposé, passionné même pour la chose, convaincu des inappréciables avantages qui en résulteraient pour l'Autriche, n'osant toutefois garantir les intentions de sa cour, sceptique sur le résultat, croyant au mariage russe. Laborde ranima ses espérances, caressa son rêve, et lui glissa qu'il serait bon «qu'il se tînt prêt à tout événement [292]». Des propos analogues furent transmis à l'ambassadeur par divers membres de la cour et du gouvernement. Enfin, à la suite d'incidents où la Russie eut sa part, Napoléon se décida à employer des personnes le touchant de plus près, les dernières que l'on se fût attendu à voir intervenir.

[Note 291: ][ (retour) ] Archives des affaires étrangères.

[Note 292: ][ (retour) ] Pour le détail des négociations avec l'Autriche, voy. l'intéressant ouvrage de M. Welschinger, qui a analysé les pièces conservées aux Archives nationales: Le divorce de Napoléon, 70-81, 149-157. Cf. Helfert, 83 et suiv. Ernouf, 274.