[Note 444: ] [ (retour) ] Dépêche de Loewenhielm du 11 mars.
[Note 445: ] [ (retour) ] Dépêche de Loewenhielm du 11 mars.
Ce fut à ce moment qu'arrivèrent les propositions formulées par Napoléon le 25 février et dont Tchernitchef était porteur. Cet envoi fit sensation et émut fortement Loewenhielm, qui y vit pour la constance d'Alexandre l'épreuve décisive. Sans doute, le versatile souverain semblait s'être fait une âme nouvelle, toute d'énergie et de fermeté. Néanmoins, le message confié à Tchernitchef pouvait faire renaître en lui la tentation de traiter: ses résolutions tiendraient-elles devant une offre positive, assez modérée dans la forme, présentée par son adversaire sur la pointe de l'épée et appuyée par la marche en Allemagne de quatre cent mille hommes?
Alexandre commença par communiquer à Loewenhielm, en témoignage de confiance, les propositions françaises; il lui fit lire, avec des annotations de sa main, le copieux rapport où Tchernitchef avait reproduit textuellement la conversation de l'Élysée; il ajouta, en matière de commentaire, une profession d'incrédulité à l'égard des sentiments exprimés par Bonaparte: «Je considère tout cela, dit-il fort justement, comme des efforts pour gagner du temps parce qu'on n'est pas encore prêt, mais je ne me laisserai pas tromper [446].»
[Note 446: ] [ (retour) ] Dépêche de Loewenhielm du 25 mars.
Si précieuses qu'elles fussent, ces paroles n'eurent pas le don de rassurer entièrement Loewenhielm. Il croyait à la faiblesse des hommes en général et à celle d'Alexandre en particulier; les antécédents de ce prince lui faisaient peur. Puis il n'ignorait pas que les partisans de la paix, profitant de la circonstance, se remettaient en mouvement. Dans divers cercles, dans plusieurs salons, la fermentation était extrême: on cherchait tous les moyens d'arriver à l'Empereur et de le circonvenir; des femmes aimables se dévouaient à cette oeuvre, se mettaient en frais de séduction auprès du galant monarque et tâchaient de l'amollir. «L'Empereur, écrivait Loewenhielm avec angoisse, est assiégé de toutes parts [447].» Lauriston, souriant et calme, annonçant imperturbablement la paix, dirigeait discrètement les travaux d'approche; le comte de Bray, ministre de Bavière, s'était institué son premier auxiliaire et son aide de camp: l'appui plus ou moins déguisé de Roumiantsof leur ménageait des intelligences dans la place, et chaque jour les assaillants devenaient plus hardis, leurs efforts plus pressants.
[Note 447: ] [ (retour) ] Dépêche du 5 avril.
Observant cette crise et «la position volcanique de l'empire», Loewenhielm crut devoir réveiller le zèle du parti belliqueux et soulever «toute la partie bien pensante du public [448]». Sans souci de son caractère diplomatique, il se jeta à corps perdu dans la mêlée des intrigues; il n'hésita pas à prendre pour associés Armfeldt et sa bande, les éternels fauteurs de troubles. En agissant ainsi, écrivait-il à son roi, il ne faisait que se conformer aux usages et aux moeurs politiques de la Russie: «Dans un pays livré comme celui-ci à l'intrigue et où le champ est aussi vaste que les désirs ambitieux de ceux qui sont en scène, il est difficile de remplir sa tâche sans suivre les affaires dans leur marche la plus tortueuse, et si j'osais me livrer à un proverbe populaire, je dirais qu'ici plus qu'ailleurs on est forcé de hurler avec les loups [449].» Conformément à ce principe, l'envoyé de Bernadotte se fit le moteur et le lien de toutes les menées antifrançaises, «le principal ouvrier du parti de la guerre [450]».
[Note 448: ] [ (retour) ] Dépêches du 20 février et du 3 mars.
[Note 449: ] [ (retour) ] Dépêche du 23 mars.