[Note 521: ] [ (retour) ] Bourgoing à Champagny, 11 août 1810.
[Note 522: ] [ (retour) ] Bourgoing à Champagny, 11 août 1810.
[Note 523: ] [ (retour) ] Journal de Castellane, I, 94.
Ses ministres, ses grands officiers étaient eux-mêmes accablés d'hommages, proportionnés au degré de faveur où on les supposait auprès du maître. Le duc de Bassano avait autour de lui une véritable cour: c'était à qui vanterait sa supériorité d'esprit, son inaltérable bonne grâce, et de fait ce ministre, naturellement aimable, s'attachait à plaire quand il n'eût eu qu'à paraître pour obtenir tous les suffrages. Caulaincourt, duc de Vicence, fixait les regards par sa haute taille, sa belle prestance, son extérieur sympathique et ouvert: on lui témoignait toutefois plus de considération que d'empressement. Son opposition à la guerre était connue, et cet homme intrépide, qui ne craignait pas de contredire le maître du monde, était considéré comme un phénomène rare, curieux, un peu inquiétant, à regarder de loin. Cependant, comme il causait un soir dans l'embrasure d'une fenêtre avec le duc d'Istrie, l'empereur d'Autriche s'approcha de lui et, sur un ton d'amicale remontrance, se prit à lui expliquer que l'empereur Alexandre voulait certainement la guerre, puisqu'il avait décliné la médiation autrichienne [524].
[Note 524: ] [ (retour) ] Documents inédits.
Mais soudain le murmure discret des conversations se taisait: Napoléon s'était levé et commençait sa tournée. À son approche, une attente anxieuse, un mélange indéfinissable de curiosité et de terreur faisait battre précipitamment les coeurs et s'emparait surtout des femmes. Leurs nerfs vibraient affolés: leur émotion se traduisait par des signes physiques. Les hommes placés derrière elles voyaient leurs épaules nues s'empourprer toutes à la fois et cette ligne de blancheurs subitement rougir.
Avec ce dandinement voulu qui lui servait à modérer l'impétuosité de sa démarche, Napoléon passait devant les groupes, s'arrêtant çà et là, distribuant le blâme ou l'éloge, traitant chacun suivant ses mérites. Un soir, après une conversation qu'il eut avec Catherine de Westphalie, on vit la pauvre reine s'éloigner les yeux rougis de larmes: l'Empereur lui avait dit à l'adresse de Jérôme des paroles dures, reprochant à ce roi commandant de corps des négligences dans le service [525]. Aux personnages autrichiens dont les passions antifrançaises semblaient irréductibles, il ne ménagea point les traits acérés, les reparties cinglantes. Mais qu'il excellait à séduire et à enchanter ceux dont les tendances amies ou les hésitations lui avaient été signalées et dont il voulait achever la conquête! Comme le feu de son regard s'éteignait soudain! Comme sa voix caressait et prenait un charme enjôleur! Avec quel art il savait trouver le mot juste, pénétrant, flatteur, qui lui attachait une âme par les liens de la vanité comblée! Quand on lui présenta la comtesse Lazanska, qui avait dirigé l'éducation de Marie-Louise, il la remercia de lui avoir formé une épouse aussi accomplie. Avec les militaires autrichiens, il eut des façons de camaraderie, des gestes d'une brusquerie amicale qui les ravirent: «Il m'a frappé sur l'épaule», disait le général Klenau, éperdu de joie et de reconnaissance [526].
[Note 525: ] [ (retour) ] Voy. la conversation dans le Journal de la reine Catherine, publié par Du Casse, Revue historique, XXXVI, 330-332.
[Note 526: ] [ (retour) ] Bulletin transmis le 3 juillet, de Vienne.
Après avoir fait le tour du cercle, Napoléon s'emparait de son beau-père et l'emmenait au fond de la galerie. Là, tandis que l'assemblée se tenait à distance, tandis que la réception se prolongeait en sa splendeur morne, aux sons d'une musique grêle que dirigeait le maestro Paër, lui, parleur infatigable, arpentait en causant la largeur de la pièce, recommençait vingt fois le même tour, entraînant dans sa marche, dominant et écrasant de sa supériorité celui qu'il avait appelé jadis, dans un jour de colère, «le chétif François [527]».