[Note 574: ] [ (retour) ] Martens, VII, 112.

[Note 575: ] [ (retour) ] Id.

[Note 576: ] [ (retour) ] Joseph de Maistre, Correspondance.

[Note 577: ] [ (retour) ] En Wurtemberg, le ministre Zeppelin déclare à M. d'Alopéus que «Sa Majesté ne se regarderait jamais comme étant en guerre avec la Russie». Martens, VII, 124.

Ainsi, dans le vaste circuit que nous venons d'opérer, en partant de Stockholm, en suivant les intrigues suédoises à Constantinople, en revenant par Vienne et Munich jusqu'au coeur de l'Europe, nous avons vu se former autour de la Grande Armée un réseau d'hostilités latentes, prêtes à se manifester dès qu'éclateront les traîtrises du sort et les rébellions de la fortune. C'est la contre-partie des adulations prodiguées au triomphateur de Dresde; c'est l'envers de ce rayonnant tableau. Les rois ne prêtent à Napoléon qu'un concours forcé: ils renient tout bas des engagements arrachés par la violence; l'amour et le dévouement s'affichent dans leur bouche, la trahison est dans leur coeur; ils jurent d'être amis et ne sont qu'esclaves; vienne l'occasion de briser leurs chaînes, ils la saisiront sans scrupules, certains de se trouver avec leurs peuples en communauté de passions et de haines.

Les lieutenants de l'Empereur, les maréchaux et chefs de corps, les administrateurs et fonctionnaires qui suivaient l'armée, sentaient vaguement le péril: en traversant l'Allemagne, ils s'étaient aperçus qu'ils marchaient sur un sol miné, où la moindre secousse déterminerait l'explosion. Les commandants de place, les gouverneurs, jusqu'aux rois français que Napoléon avait préposés à la garde de l'Allemagne, ne cessaient depuis un an de l'avertir. Jérôme lui avait écrit pendant l'automne de 1811 une lettre admirable de clairvoyance [578]. La correspondance de Rapp, gouverneur de Dantzick, est pleine d'aveux significatifs. Rapp s'inquiète des haines qu'il sent s'amasser autour de lui, bien qu'il ne fasse aux habitants «que le mal nécessaire». Au bout de quelque temps, il n'y tient plus et, dépassant ses attributions militaires, envoie un rapport politique dont voici les conclusions: «Partout les esprits paraissent montés, et l'exaspération est générale: c'est au point que si nous faisions une campagne malheureuse (ce qui ne sera jamais à présumer), depuis le Rhin jusqu'en Sibérie tout s'armerait contre nous. Je ne suis pas alarmiste et je n'aime pas à passer pour voir en noir, mais ce que j'avance est positif [579].» Davout lui-même, le stoïque Davout, ne peut se défendre de certaines appréhensions: il se souvient qu'en 1809 tout a chancelé et voudrait que l'on méditât cette leçon.

[Note 578: ] [ (retour) ] Correspondance du roi Jérôme, V, 247-249.

[Note 579: ] [ (retour) ] 18 novembre 1811. Archives nationales, AF, IV, 1656.

Napoléon s'impatiente et s'irrite de ces avis: il adresse à Rapp une mercuriale sévère et le renvoie à son rôle de soldat. Il voit lui-même le danger, mais n'admet pas que les autres l'aperçoivent et le signalent, car il se juge certain de le surmonter, grâce à son invincible fortune, grâce surtout aux mesures qu'il a si soigneusement accumulées pour assurer le succès de la campagne. Cependant, si dans ses préparations tout a été merveilleusement combiné et conçu, l'exécution laisse à désirer. Vu le nombre et l'extrême complication des moyens qu'il met en oeuvre, il ne peut plus tenir la main en personne à l'accomplissement de ses ordres: tant d'objets à embrasser dépassent son étreinte, toute prodigieuse qu'elle soit. Les intermédiaires qu'il emploie ne possèdent ni son autorité ni sa vigilance: l'inattention des subalternes, l'insouciance des soldats, le désordre et parfois l'infidélité d'une administration qui échappe à la surveillance par son immensité même, occasionnent des mécomptes; sur certains points, c'est déjà l'encombrement, la cohue: la discipline se relâche, les moyens de transport et de ravitaillement se font attendre: l'armée dédaigne d'entretenir en bon état ceux qu'elle possède, les hommes négligent leur équipement et laissent dépérir leur monture, et beaucoup de corps arriveront devant l'ennemi avec des chevaux hors d'usage, des approvisionnements incomplets, des services mal organisés, des effectifs insuffisamment exercés [580].

[Note 580: ] [ (retour) ] Les Mémoires inédits de M. de Saint-Chamans, qui doivent prochainement paraître, contiennent à ce sujet des détails caractéristiques.