[Note 668: ] [ (retour) ] Cette courte lettre est la seule de toute la série qui figure en manuscrit aux Archives nationales; elle a été publiée sous le n° 14,107 de la Correspondance.
Paris, le 28 juin 1808.
M. de Caulaincourt, je n'ai reçu qu'hier votre lettre du 4. Il paraît que votre courrier est tombé malade à Koenigsberg. Vous aurez reçu ma lettre du 15. Vous trouverez ci-joint de nouvelles pièces relatives aux affaires d'Espagne; vous les aurez lues, au reste, dans le Moniteur. Plusieurs provinces ont levé l'étendard de la révolte; on les soumet. Cette expédition aura pour la Russie le résultat qu'une partie de l'expédition anglaise destinée pour la Baltique va en Amérique et que l'autre partie va à Cadix. J'ai vu avec peine que les Russes avoient essuyé quelques échecs dans le nord de la Finlande. Plusieurs régimens sont arrivés à Copenhague. L'expédition a été manquée pour le moment, mais tout peut facilement se faire au mois de novembre prochain. Il n'y a que quatre mois d'ici à cette époque; il n'y a donc pas de temps à perdre. Il faut que la Russie engage le Danemark à me demander de faire passer 40,000 hommes en Norvège, et que les Russes soyent prêts à passer le détroit de Finlande quand il sera gelé. On se rencontreroit en Suède, et dès lors les Anglais seroient obligés de s'en aller et déshonorés, et la Suède seroit prise. Dites à l'Empereur que dans quinze jours je serai à Paris. Vous sentez qu'avant de lui parler des affaires d'Espagne, je désire savoir comment elles prendront à Saint-Pétersbourg. Vous avez dû recevoir du Sr de Champagny des instructions sur le langage que vous avez à tenir. L'Espagne ne me vaudra pas plus qu'elle ne me valoit. Le roi d'Espagne part après-demain pour Madrid. Je vous envoye un article d'un journal de Vienne qui me paroît une extravagance: montrez-le à Saint-Pétersbourg et faites-moi connoître ce qu'on en pense. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde.
Bayonne, le 9 juillet 1808.
M. de Caulaincourt, vous trouverez ci-joint la nouvelle Constitution d'Espagne et le bulletin de la dernière séance de la Junte avec le serment qui a été prêté. Le Roi part demain à 5 heures du matin pour Madrid. Voici les ministres que le Roi a nommés: aux Relations extérieures, Cevallos, le même qui l'étoit déjà; secrétaire d'État, Urquijo, qui a été premier ministre il y a six ans; à l'Intérieur, Jovellanos, ancien ministre de Grâce et de Justice qui avoit été exilé à Minorque; à la Marine, Mazzaredo; à la Guerre, O'farill; au ministère des Indes, Azanza; aux Finances, Cabarrus. Je reçois votre lettre du 17. Je suis fâché que cet article de l'Angleterre ait fait un mauvais effet sur l'Empereur. Je réitère l'ordre au Ministère de la Police de veiller à ce qu'il ne soit imprimé rien de contraire à notre alliance avec la Russie.--Je vous ai écrit relativement aux acteurs et actrices français qui sont à Saint-Pétersbourg. On peut les garder et s'en amuser aussi longtemps que l'on voudra. Cependant l'Empereur a eu raison de trouver mauvais que ses agens débauchassent nos acteurs. C'est M. de Benckendorf qui a favorisé la fuite de ces gens-là. Si la circonstance se présentoit d'en parler, dites que, pour ma part, je suis charmé que tout ce que nous avons à Paris puisse amuser l'Empereur. Vous trouverez ci-joint deux lettres pour l'Empereur, dont l'une relative à la mort de la grande-duchesse est d'une date ancienne. Je ne sais comment on a oublié de vous l'envoyer. Vous devez partir du principe que je ne sais pas ce que veut l'Autriche; qu'elle arme beaucoup; qu'elle excite beaucoup les services; qu'elle fait des places en Hongrie; qu'elle démolit, dit-on, les murs de Cracovie, et qu'elle retire ses troupes de Galicie. Lorsqu'on leur demande des explications sur les armemens, ils répondent qu'ils n'arment point. Cependant cela est trop évident. Jusqu'ici j'ai regardé cela en pitié. Je compte même ne rien dire. Cependant, si cela ennuyoit l'Empereur, nous pourrions de concert leur faire dire par Andreossi et par le prince Kourakine de désarmer et de laisser le monde tranquille. Je n'ai aucune discussion avec eux; nous sommes sur le pied le plus aimable: et, dans le fait, ces armemens ne sont nuisibles qu'à eux, parce qu'ils désorganisent leurs finances.
P. S.--Le Roi est parti ce matin. Je l'ai reconduit jusqu'à la frontière. Toute la Junte dans près de cent voitures l'accompagnoit; mais c'étoient des voitures équipées un peu à la hâte.
Les Anglais ont des expéditions nombreuses devant Cadix et le Ferrol, afin de fomenter les insurrections. Je suis certain que la seconde expédition, qui étoit destinée pour la Suède, a été employée à Cadix et sur les autres points. Ainsi cela a fait diversion aux affaires de Russie.
Bayonne, 21 juillet 1808.
M. de Caulaincourt, vous devez remercier l'Empereur de ce qu'il m'a fait dire relativement au roi d'Espagne. Il n'a pas affaire à un ingrat, et comme il n'a pas attendu que je le lui demande pour faire une chose qui m'est si agréable, vous pouvez lui dire que je viens de donner des ordres pour en finir avec la Prusse. Aussi bien la saison s'avance, et mes troupes ne pourraient évacuer l'hyver. Je voulois attendre l'issue de ma conférence avec l'Empereur; mais puisque cela tarde et que l'hyver approche, vous direz que les affaires avec la Prusse étant à peu près d'accord, au reçu de cette lettre le traité avec cette puissance sera probablement signé. Les affaires d'Espagne vont bien. Le maréchal Bessières a remporté le 14 une victoire signalée qui a soumis le royaume de Léon et les provinces du Nord. En racontant cela à l'Empereur, vous lui direz que les Anglais mettent partout le feu en Espagne, qu'ils y répandent de l'argent et s'entendent avec les moines, et qu'il y a vraiment du trouble. Je pars cette nuit pour aller faire un tour dans mes provinces du Midi, et de là me rendre à Paris où je serai avant le 15 août. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde.
De Rochefort, le 5 août.