A to gleda Junak Asan-Ago;
Ter dozivglie do dva sina fvoja:

«Hodte amo, sirotize moje,
Kad-se nechie milovati na vas
Majko vasciâ, serza argiaskoga».

Kad to çula Asan Aghiniza,
Bjelim liçem u Zemgliu udarila;
U put-se-je s'duscjom raztavila
Od xalosti gledajuch sirota.

Le Beg ne fait point d'attention à ses prières, & s'obstine à la donner au Kadi d'Imoski. Alors elle le prie de nouveau: puisque tu veux absolument me marier, envois au moins une lettre en mon nom au Kadi, & dis-lui: la jeune veuve te salue & te prie par cet écrit, que quand tu viendras la chercher, accompagné des seigneurs Svati, de lui apporter un voile, avec lequel elle puisse se couvrir, afin qu'en passant devant la maison d'Asan, elle ne voie pas ses enfans orphelins.

Après avoir reçu la lettre, le Kadi assemble sur le champ les seigneurs Svati pour chercher son épouse, & pour lui porter le long voile qu'elle demande. Les Svati arrivent heureusement à la maison de l'épouse, & la conduisent avec le même bonheur vers la demeure de son époux.

Arrivée, chemin faisant, devant la maison d'Asan, ses deux filles la voyent d'un balcon, & ses deux fils courent à sa rencontre, en criant: «chère mère reste avec nous; prens chez nous des rafraichissemens».

La triste veuve d'Asan, entendant les cris de ses enfans, se tourne vers le premier Svati: «Pour l'amour de Dieu, cher & vénérable arrête les chevaux près de cette maison, afin que je donne à ces orphelins quelque gage de ma tendresse». Les chevaux s'arrêtent devant la porte, elle descend & offre des présens à ses enfans: elle donne aux fils des brodequins d'or, & de beaux voiles aux filles. Au petit inocent, qui couche dans le berceaux, elle envoit une Robe.

Asan voyant de loin cette scene, rappelle ses fils: «revenez à moi, mes enfans; laissez cette cruelle mère, qui a un coeur d'airain, & qui ne ressent plus pour vous aucune pitié».

Entendant ces paroles, cette veuve affligée pâlit & tombe par terre. Son ame quitte son corps au moment qu'elle voit partir ses enfans.

FIN