Je fais le même cadeau au Portugais Rodrigo qui a donné à ma femme un petit perroquet vert. Le dimanche après la Saint-Barthélemy je pars d'Anvers avec M. Tommassin pour aller à Malines, où nous passons la nuit.

J'invite à dîner un peintre et maître Conrad, l'excellent sculpteur de Mme Marguerite. De Malines, en passant par Vilvorde, nous nous rendons à Bruxelles où nous arrivons le lundi 3 septembre. Je donne trois sous au messager. Je dîne avec ces messieurs de Bruxelles, et une autre fois avec M. Bonisius[ [68], à qui j'offre une Passion en cuivre. Je remets au margrave Hans la lettre de recommandation de l'évêque de Bamberg, plus une Passion en cuivre. Je dîne une seule fois avec ces messieurs de Nuremberg.

Dans la chambre d'or du conseil de Bruxelles j'ai pu admirer quatre tableaux du grand peintre Rudier[ [69]. Derrière le palais du roi, j'ai vu les fontaines, le labyrinthe et le jardin zoologique, toutes choses si belles que je n'en avais jamais contemplé de pareilles; je me croyais en paradis.

La maison du conseil à Bruxelles est magnifique et fort grande, bâtie en belles pierres, avec une superbe tour découpée à jour. A Bruxelles, j'ai fait à la lueur de la chandelle trois portraits, celui de maître Conrad qui était mon hôte, celui du fils du docteur Lampaters et celui de mon hôtesse.

J'ai vu parmi les curiosités qu'on a apportées au roi du nouveau pays de l'or[ [70], un soleil d'or de la grandeur d'une brasse et une lune d'argent de la même dimension. J'ai admiré deux chambres pleines de toutes espèces de curiosités venant du même endroit, des armes, des harnais, des engins de guerre, des habillements fort bizarres, des literies et bien d'autres choses encore à l'usage des gens de ce pays-là. Il est à remarquer que tous ces objets sont infiniment plus beaux et plus riches que ce que nous trouvons chez nous. Ils sont tellement précieux qu'on les évalue à cent mille florins. J'avoue que jamais rien n'a excité autant ma curiosité que ces produits extraordinaires qui prouvent combien les habitants de ces contrées lointaines ont l'esprit ingénieux et inventif.

A Bruxelles, j'ai vu bien d'autres belles choses, et spécialement une gigantesque arête de poisson, qui paraît construite en pierres de taille. Cette arête a une brasse de largeur et pèse environ quinze quintaux. Sa forme est à peu près celle-ci:

(Le dessin n'est pas dans le manuscrit.)

Cette arête se trouve derrière la tête du poisson.

J'ai visité l'hôtel de Nassau; c'est un splendide bâtiment, luxueusement décoré.

J'ai dîné encore deux fois avec ces messieurs de Bruxelles. Mme Marguerite de Flandre m'a envoyé chercher et m'a promis de me recommander au roi Charles. Elle a été avec moi d'une grâce charmante. Je lui ai offert ma Passion sur cuivre. J'ai fait le même cadeau à son trésorier Jean Marini, et, de plus, j'ai dessiné son portrait. J'ai donné deux sous pour un anneau de buffle, et deux sous pour faire ouvrir le tableau de l'autel de Saint-Luc.