Lors de ma visite à l'hôtel de Nassau, j'ai vu dans la chapelle la belle peinture de maître Hugo[ [71]. J'ai remarqué aussi deux belles salles et tous les objets précieux qui sont dispersés dans l'hôtel; enfin l'immense lit qui peut contenir cinquante personnes. J'ai examiné avec attention le quartier de roc que l'orage a jeté aux pieds du seigneur de Nassau. Cet hôtel est situé sur une hauteur et jouit d'une vue admirable qui, je crois, n'a pas sa pareille dans l'Allemagne entière. Maître Bernard[ [72], le peintre, m'a invité à sa table et m'a fait servir un dîner si recherché, qu'à mon avis il ne doit pas en avoir été quitte pour dix florins. Pour me tenir compagnie, le trésorier de dame Marguerite, l'intendant de la cour Meteni, et le trésorier de la ville Pufladis, s'étaient fait inviter à ce dîner. J'ai donné à Pufladis une Passion sur cuivre, et il m'a remis en échange une bourse espagnole noire de la valeur de trois florins. J'ai envoyé une Passion sur cuivre à Érasme de Rotterdam. J'ai fait le même cadeau à Érasme, le secrétaire de Bonisius. L'Anversois qui m'a donné une tête d'enfant s'appelle Laurent Sterk[ [73]. J'ai dessiné le portrait de maître Bernard, le peintre de dame Marguerite, et j'ai recommencé celui d'Érasme de Rotterdam[ [74]. J'ai offert à Laurent Sterk un saint Jérôme assis et la Mélancolie.

[ CI] [ CII] [ CIII] Six personnes de Bruxelles, dont j'ai fait le portrait, ne m'ont rien donné.

J'ai acheté deux cornes de bœuf pour trois sous, et deux uilenspiegels[ [75] pour un sou.

Le dimanche après la Saint-Gilgen, je prends congé de Hans Ebner[ [76]. Il ne veut rien recevoir de Hans Gender pour les sept jours que j'ai passés chez lui. Je donne un sou à son domestique, et nous partons, M. Tommaso et moi, pour Malines. Le soir, je dîne avec Mme de Nieuwkerk, et le lundi de bonne heure je retourne à Anvers.

Je déjeune le matin avec le facteur de Portugal, qui me donne trois Porzolana[ [77], et Roderigo me prie d'accepter quelques objets en plumes venant de Calcutta. J'achète pour Susanne une cape de deux florins dix sous. Pendant mon absence, ma femme a dépensé quatre florins rhénans pour un lessivage, un soufflet, une terrine, des pantoufles, du bois, des bas, une cage de perroquet, deux gobelets et des pourboires; ses repas, sa boisson, et d'autres choses de première nécessité, ont en outre coûté vingt et un sous.

Le lundi après la Saint-Égide, je rentre chez mon hôte Joost Plankfeld et j'y dîne seize fois. Je donne au domestique de Nicolas Tommaso un sou pour lui et six sous pour un cadre. Mon hôte me fait cadeau d'une poule indienne et d'un fouet turc. Je dîne treize fois chez Tommaso. Les seigneurs de Rogendorf m'invitent à dîner. J'accepte leur invitation et je peins en grand leur écusson sur bois, pour qu'on pût le graver. Je dépense un sou, et ma femme change un florin contre vingt-quatre sous. Je dîne un jour avec Jacob Rechlinger dans la maison de Ficker, et, une autre fois, avec toute la famille.

Je donne à Guillaume Havenhüth, le valet de pied du duc comte palatin Frédéric, un saint Jérôme sur cuivre et les deux demi-feuilles représentant Marie et saint Antoine; à Jacques Bonisius, une bonne figure de sainte Véronique, un saint Eustache, la Mélancolie, saint Jérôme assis, saint Antoine, les deux nouvelles Vierges et le Nouveau paysan; à son secrétaire Érasme, qui a remis ma pétition, un saint Jérôme assis, la Mélancolie, saint Antoine et les deux nouvelles Vierges, le tout d'une valeur de sept florins. J'offre à l'orfévre Merx une Passion sur cuivre, et je lui vends des gravures pour trois florins; je vends, d'un autre côté, pour trois florins vingt sous d'objets d'art. Je donne au peintre sur verre Honig quatre petites pièces sur cuivre. Je dîne trois fois chez Bonisius. J'achète du fusain et du crayon noir pour quatre sous, du bois pour un florin huit sous, et trois sous disparaissent sans que je puisse dire où ils sont passés. Je dîne dix fois chez ces messieurs de Nuremberg.

Maître Diderik, peintre sur verre, m'envoie de la couleur rouge que l'on trouve à Anvers dans les briques nouvellement cuites. Je dessine le portrait de maître Jacques de Lubeck. Il donne un florin de Philippe à ma femme. Je le change pour avoir de la monnaie. J'offre à dame Marguerite un saint Jérôme assis sur cuivre, je vends une Passion sur bois pour douze sous, et un Adam et Ève pour quatre sous. Félix, le joueur de luth, achète tout mon œuvre sur cuivre, ma Passion sur bois, ma Passion sur cuivre, deux demi-feuilles, deux quarts de feuilles, pour huit florins d'or. Je fais le portrait de Bonisius. Rodrigo m'envoie de nouveau un perroquet; je donne deux sous de pourboire à son domestique. Je fais présent au joueur de trompette Jean Van den Winkel d'une petite Passion sur bois, d'un saint Jérôme en prière et d'une Mélancolie.