ALBERT DURER. P.
PERUGINI. D.
TAMISIER. SC.

J'achète une paire de souliers pour six sous et une verge de mer pour cinq sous; Georges Schlautersbach m'en avait donné une qui valait six sous. Je dîne une fois avec l'agent des Focker, Wolf-Haller[ [78], à l'occasion d'une invitation qu'il avait faite à messeigneurs de Nuremberg. Je dîne avec ma femme, et je donne un sou au garçon de Hans Deners. Je vends pour cent sous d'objets d'art. Je fais le portrait de maître Jacques[ [79], le peintre des Van Rogendorf. Comme j'ai dessiné sur bois l'écusson des Van Rogendorf[ [80], on me donne pour ma peine sept aunes de velours. Je dessine au fusain le portrait de Jararott Pruk pour un florin. Je dîne chez le facteur de Portugal. A Hans Schwarz[ [81], je paye deux florins d'or pour mon portrait; je les lui envoie à Augsbourg par l'entremise des Focker dans une lettre. J'achète une chemise de laine rouge pour trente et un sous, de la couleur rouge que l'on trouve dans les briques nouvellement cuites pour deux sous, et une corne de bœuf pour neuf sous. Je dessine le portrait d'un Espagnol; je dîne avec ma femme; je donne deux sous pour mille pierres à feu, et trois sous pour deux tasses pareilles à celles que Félix et maître Jacques de Lubeck ont données à ma femme. Je dîne chez Rogendorf et donne un sou pour une brochure relatant l'entrée triomphale du roi à Anvers[ [82].

Les portes étaient garnies de représentations allégoriques et de jeunes filles presque nues; j'en ai vu rarement d'aussi belles[ [83]. J'ai changé un florin pour avoir de la monnaie. A Anvers, on m'a montré plusieurs ossements du géant[ [84]. L'os de la cuisse a quatre pieds et demi de long, et est extrêmement lourd. Son omoplate est plus grande que le dos entier d'une grande personne. Ce géant a eu dix-huit pieds de hauteur; il a gouverné Anvers, et y a fait plusieurs choses surprenantes. Ces messieurs de la ville ont beaucoup écrit sur lui dans un gros livre[ [85].

L'école de Raphaël d'Urbin s'est considérablement amoindrie après la mort de ce grand homme. Un de ses élèves, Thomas Polonius[ [86], bon peintre, a désiré me voir; il est venu chez moi et m'a fait cadeau d'une bague en or antique, ornée d'un beau camée d'une valeur de cinq florins, et dont on m'a déjà offert le double. En retour, je lui ai donné pour six florins de mes meilleures gravures. Je dépense trois sous pour un calacut, un sou pour un messager, et trois sous avec des camarades.

J'ai offert à dame Marguerite, sœur du roi Charles, un exemplaire de mon œuvre gravé; j'ai fait aussi pour elle, avec un grand soin, deux dessins sur parchemin, que j'évalue à trente florins; et, pour son médecin, le plan d'une maison qu'il veut bâtir. Je ne voudrais pas refaire ce dessin à moins de dix florins. Je donne à Nicolas Ziegler un Christ mort qui vaut trois florins, et au facteur de Portugal une tête d'enfant peinte, que je vendrais bien un florin.

MARTIN. D.
SOTAIMS

J'achète une corne de buffle pour dix sous, une patte d'élan pour un florin d'or.

J'ai fait le portrait de maître Adrien au crayon, et celui de Wolf Rogendorf au poinçon. J'ai dépensé deux sous pour des condamnations et des dialogues, et j'ai donné à maître Adrien des œuvres d'art pour une valeur de deux florins. On m'a vendu un seul crayon rouge un sou. J'ai peint le portrait d'une dame noble dans la maison de Tommaso. J'ai offert à Nicolas un saint Jérôme en prière et les deux nouvelles Vierges.

Le lundi après la Saint-Michel, je donne à Thomas Polonius tout mon œuvre gravé. Par l'entremise d'un peintre, il doit être envoyé à Rome, et l'on me promet en échange des dessins de Raphaël.