Je dîne avec ma femme, et je dépense trois sous pour la régaler.
Polonius a fait mon portrait[ [87] pour l'emporter à Rome. Je change une couronne et garde onze florins pour mes besoins. Je donne neuf sous pour du bois, et vingt sous pour porter ma malle à la barque de Bruges.
A Bruges, je dessine le portrait d'une femme qui me le paye un florin. Je fais de grandes dépenses: un sou pour du vernis, un sou pour de la couleur, treize sous pour des fourrures, un sou pour du cuir, et deux sous pour deux écailles de moule. Dans la maison de Jean Gabriel, je peins le portrait d'un Italien pour deux florins d'or. J'achète un sac de voyage deux florins et quatre sous.
Le jeudi après la Saint-Michel, je pars pour Aix-la-Chapelle. Je prends avec moi un florin et un noble, et j'arrive le dimanche à Aix-la-Chapelle après avoir passé par Maëstricht et par Gulpen. Jusqu'à présent mon voyage, tout compris, m'a coûté trois florins.
A Aix-la-Chapelle, je vois les colonnes que Charles a fait venir de Rome, et qui sont ornées de chapiteaux de porphyre rouge et vert. Elles sont faites très-artistement d'après Vitruve. Je peins deux fois le portrait de Hans Ebner[ [88], et je dessine au fusain ceux de Georges Schlaudersbach, du jeune Christophe Groland et de mon hôte Pierre Van Enden. Je donne deux sous pour une pierre à aiguiser, cinq sous pour un bain et deux deniers au domestique de la ville qui m'a conduit à la salle du Conseil; je paye pour cinq deniers de boisson à des camarades, et je perds sept sous au jeu avec Hans Ebner. Je dessine dans mon album les portraits de Paulus Topler et de Martin Pfinzing.
Je vois à Aix-la-Chapelle le bras de l'empereur Henri, la chemise de la vierge Marie et d'autres reliques. Je dessine l'église de Notre-Dame, et je fais le portrait de Sturm[ [89]. Je dessine le portrait des sœurs de Kopffinger, une fois au charbon et une fois au crayon noir. Je donne dix sous pour une grande corne de bœuf, et je perds trois sous au jeu. J'offre à la fille de Tomasius une peinture de la Trinité d'une valeur de quatre florins, et je dépense un sou pour du cirage, trois sous pour un bain, huit sous pour une corne de buffle, et deux sous pour une ceinture.
Le 23 octobre, j'assiste au couronnement du roi Charles à Aix-la-Chapelle; c'est si beau et si riche, que de la vie je n'ai vu pareil spectacle, et que je renonce à le décrire. Je donne à Mathias pour onze florins de mes gravures et trois pièces à Stéphan, chambellan de dame Marguerite. J'achète un chapelet de bois de cèdre pour dix sous, et je perds trois demi-sous au jeu. Je donne deux sous au barbier et quatre sous pour deux verres de lunettes; je perds encore une pièce blanche au jeu.
Le vendredi qui précède la fête de Simon et Judas, je me rends à Louvain, laissant sept sous de pourboire dans la maison de mon hôte; je visite l'église où est la tête de sainte Anne.
Le dimanche, nous arrivons à Cologne.
A Bruxelles, j'ai été hébergé complétement par ces messieurs de Nuremberg, qui n'ont rien voulu accepter. A Aix-la-Chapelle, ils m'avaient déjà rendu le même service pendant trois semaines; ils me conduisent à Cologne, où ils me renouvellent le refus d'accepter la plus légère rétribution.