Il avait donc 13 ans à peine, et il était encore apprenti orfévre; c'est en 1486 seulement qu'il fit son entrée dans l'atelier de maître Wohlgemuth.
La première peinture d'Albert Dürer qui soit parvenue jusqu'à nous, est le portrait de son père. On la voit dans la pinacothèque de Munich, cabinet VII, sous le numéro 128, avec cette légende: «J'ai peint ce tableau d'après la personne de mon père, lorsqu'il avait 70 ans. Albert Durer l'aîné.»
Puis viennent le célèbre monogramme et la date 1497.
Il fit deux fois son propre portrait en 1498: l'un est à Florence, il a été gravé par Hollar et par Édelinck; l'autre est à Madrid, au museo del Rey. Dans ce dernier portrait, son visage est un peu maigre et un peu long, mais fort beau et fort distingué. Ses grands yeux bleus, sa barbe naissante, ses cheveux blonds qui s'échappent en grosses boucles d'un bonnet pointu, son costume blanc et noir théâtralement drapé lui donnent un aspect à la fois étrange et charmant. (Voir à la 1re page de ce livre.)
En 1499, il a peint le portrait d'Oswald Krel, qui est à Munich, cabinet VII, sous le numéro 120.
En 1500, il a fait le portrait d'un jeune homme, peut-être Joannes Dürer, son frère (Munich, cabinet VII, no 147), et aussi son propre portrait. Ce n'est plus le même homme que l'on a vu à Madrid; sa barbe est plus touffue, son visage est plus mâle, son front est déjà un peu soucieux, son costume surtout est changé de fond en comble; le bariolage blanc et noir est remplacé par une fourrure de prix. On reconnaît en lui le chef d'une illustre école de peinture, et on voit jusqu'à quel point Camerarius a raison lorsqu'il dit: «Non-seulement Albert Dürer était beau, mais il était très-fier de sa beauté, et il ne négligeait rien pour la faire ressortir.» Ce portrait est fort remarquable, il ne peut être comparé qu'à celui qu'il a fait plus tard de son vénérable maître Wohlgemuth, et qui est dans le même musée.
Nous trouvons dans la galerie du Belvédère, à Vienne, avec la date de 1503, une Sainte Vierge et l'Enfant Jésus, deux têtes, deux chefs-d'œuvre.
En 1504, Albert Dürer grava sans doute plus qu'il ne peignit, car nous ne connaissons qu'un seul tableau qui porte cette date, c'est un Marius sur les ruines de Carthage. Le grand homme est assis près d'une colonne brisée; il jette un long regard triste sur cette ville autrefois si superbe, et il se dit sans doute que les destinées des hommes et des empires sont souvent les mêmes: plus ils sont puissants, plus leur chute est imminente. Ce tableau est surtout remarquable par la couleur.
C'est en 1506 qu'il fit son voyage à Venise, où il peignit, outre le Saint Bartholomé, dont il parle dans sa première lettre à Pirkeimer, un Christ avec les Pharisiens, qu'il termina en cinq jours, et une Sainte Vierge couronnée par les anges. Albert Dürer ébauchait ce dernier tableau, lorsque Giovanni Bellini vint le voir dans son atelier: «Mon cher Albert, lui dit-il, voudriez-vous me rendre un grand service?—Certainement, dit le peintre nurembergeois, si ce que vous me demandez est en mon pouvoir.—Parfaitement, répondit Bellini, faites-moi présent d'un de vos pinceaux, de celui qui vous sert à peindre les cheveux de vos personnages.» Dürer prit une poignée de pinceaux absolument semblables à ceux dont se servait Bellini, et les lui offrant: «Choisissez, dit-il, celui qui vous plaît, ou les prenez tous.» Le peintre italien, croyant à une méprise, insista pour avoir un des pinceaux avec lesquels il exécutait les cheveux. Pour toute réponse, Albert Dürer s'assit et peignit avec l'un d'eux, le premier qui lui tomba sous la main, la chevelure longue et bouclée de la Vierge aux anges avec une telle sûreté de main, que son ami resta stupéfait de sa facilité.
Nous trouvons dans la galerie du Belvédère, à Vienne, une toile datée de 1507. C'est le portrait d'un jeune homme inconnu, dont les traits sont d'une très-grande beauté.