»Hélas! en fuyant Macha, jespère recouvrer ma liberté! »Mais les yeux qui mont fait prisonnier sont toujours devant moi. »Toi qui sais mes malheurs, Macha, en me voyant dans cet état cruel, prends pitié de ton prisonnier.»

«Comment trouves-tu cela?» dis-je à Chvabrine, attendant une louange comme un tribut qui métait dû.

Mais, à mon grand mécontentement, Chvabrine, qui dordinaire montrait de la complaisance, me déclara net que ma chanson ne valait rien.

«Pourquoi cela? lui demandai-je en mefforçant de cacher mon humeur.

— Parce que de pareils vers, me répondit-il, sont dignes de mon maître Trédiakofski[36].»

Il prit le feuillet de mes mains, et se mit à analyser impitoyablement chaque vers, chaque mot, en me déchirant de la façon la plus maligne. Cela dépassa mes forces; je lui arrachai le feuillet des mains, je lui déclarai que, de ma vie, je ne lui montrerais aucune de mes compositions. Chvabrine ne se moqua pas moins de cette menace.

«Voyons, me dit-il, si tu seras en état de tenir ta parole; les poètes ont besoin dun auditeur, comme Ivan Kouzmitch dun carafon deau-de-vie avant dîner. Et qui est cette Macha? Ne serait-ce pas Marie Ivanovna?

— Ce nest pas ton affaire, répondis-je en fronçant le sourcil, de savoir quelle est cette Macha. Je ne veux ni de tes avis ni de tes suppositions.

— Oh! oh! poète vaniteux, continua Chvabrine en me piquant de plus en plus. Écoute un conseil dami: Macha nest pas digne de devenir ta femme.

— Tu mens, misérable! lui criai-je avec fureur, tu mens comme un effronté!»