— Mais on dit que tu nes pas facile à mater. Il faut en convenir, tu nous as donné de la besogne.»

Le visage de lusurpateur exprima la satisfaction de lamour- propre.

«Oui, me dit-il dun air glorieux, je suis un grand guerrier.
Connaît-on chez vous, à Orenbourg, la bataille de Iouzeïeff[58]?
Quarante généraux ont été tués, quatre armées faites prisonnières.
Crois-tu que le roi de Prusse soit de ma force?»

La fanfaronnade du brigand me sembla passablement drôle.

«Quen penses-tu toi-même? lui dis-je; pourrais-tu battre
Frédéric?

— Fédor Fédorovitch[59]? et pourquoi pas? Je bats bien vos généraux, et vos généraux lont battu. Jusquà présent mes armes ont été heureuses. Attends, attends, tu en verras bien dautres quand je marcherai sur Moscou.

— Et tu comptes marcher sur Moscou?»

Lusurpateur se mit à réfléchir; puis il dit à demi-voix: «Dieu sait, … ma rue est étroite, … jai peu de volonté, … mes garçons ne mobéissent pas, … ce sont des pillards, … il me faut dresser loreille… Au premier revers ils sauveront leurs cous avec ma tête.

— Eh bien, dis-je à Pougatcheff, ne vaudrait-il pas mieux les abandonner toi-même avant quil ne soit trop tard, et avoir recours à la clémence de limpératrice?»

Pougatcheff sourit amèrement: «Non, dit-il, le temps du repentir est passé; on ne me fera pas grâce; je continuerai comme jai commencé. Qui sait?… Peut-être!… Grichka Otrépieff a bien été tsar à Moscou.