Je poussai un cri de joie; la fenêtre n'était pas grillée.
Mais Gertrude avait déjà remarqué la cause de cette prétendue négligence de nos gardiens: un large étang baignait le pied de la muraille; nous étions gardées par dix pieds d'eau, bien mieux que nous ne l'eussions été certainement par les grilles de nos fenêtres.
Mais, en se reportant de l'eau à ses rives, mes yeux reconnurent un paysage qui leur était familier, nous étions prisonnières au château de Beaugé, où plusieurs fois, comme je l'ai déjà dit, j'étais venue avec mon père, et où, un mois auparavant, on m'avait recueillie le jour de la mort de ma pauvre Daphné.
Le château du Beaugé appartenait à M. le duc d'Anjou.
Ce fut alors qu'éclairée comme par la lueur d'un coup de foudre je compris, tout.
Je regardai l'étang avec une sombre satisfaction; c'était une dernière ressource contre la violence, un suprême refuge contre le déshonneur.
Nous refermâmes les volets. Je me jetai tout habillée sur mon lit,
Gertrude se coucha dans un fauteuil et dormit à mes pieds.
Vingt fois pendant cette nuit je me réveillai en sursaut, en proie à des terreurs inouïes; mais rien ne justifiait ces terreurs que la situation dans laquelle je me trouvais; rien n'indiquait de mauvaises intentions contre moi: on dormait, au contraire, tout semblait dormir au château, et nul autre bruit que le cri des oiseaux de marais n'interrompait le silence de la nuit.
Le jour parut; le jour, tout en enlevant au paysage ce caractère effrayant que lui donne l'obscurité, me confirma dans mes craintes de la nuit: toute fuite était impossible sans un secours extérieur, et d'où nous pouvait venir ce secours?
Vers les neuf heures, on frappa à notre porte: je passai dans la chambre de Gertrude, en lui disant qu'elle pouvait permettre d'ouvrir.