Ceux qui frappaient et que je pouvais voir par l'ouverture de la porte de communication étaient nos serviteurs de la veille; ils venaient enlever le souper, auquel nous n'avions pas touché, et apporter le déjeuner.
Gertrude leur fit quelques questions, auxquelles ils sortirent sans avoir répondu.
Je rentrai alors; tout m'était expliqué par notre séjour au château de Beaugé et par le prétendu respect qui nous entourait. M. le duc d'Anjou m'avait vue à la fête donnée par M. de Monsoreau; M. le duc d'Anjou était devenu amoureux de moi; mon père avait été prévenu, et avait voulu me soustraire aux poursuites dont j'allais sans doute être l'objet; il m'avait éloignée de Méridor; mais, trahi, soit par un serviteur infidèle, soit par un hasard malheureux, sa précaution avait été inutile, et j'étais tombée aux mains de l'homme auquel il avait tenté vainement de me soustraire.
Je m'arrêtai à cette idée, la seule qui fût vraisemblable, et en réalité la seule qui fût vraie.
Sur les prières de Gertrude, je bus une tasse de lait et mangeai un peu de pain.
La matinée s'écoula à faire des plans de fuite insensés. Et cependant, à cent pas devant nous, amarrée dans les roseaux, nous pouvions voir une barque toute garnie de ses avirons. Certes, si cette barque eût été à notre portée, mes forces, exaltées par la terreur, jointes aux forces naturelles de Gertrude, eussent suffi pour nous tirer de captivité.
Pendant cette matinée, rien ne nous troubla. On nous servit le dîner comme on nous avait servi le déjeuner; je tombais de faiblesse. Je me mis à table, servie par Gertrude seulement; car, dès que nos gardiens avaient déposé nos repas, ils se retiraient. Mais tout à coup, en brisant mon pain, je mis à jour un petit billet.
Je l'ouvris précipitamment; il contenait cette seule ligne:
«Un ami veille sur vous. Demain vous aurez, de ses nouvelles et de celles de votre père.»
On comprend quelle fut ma joie: mon coeur battait à rompre ma poitrine. Je montrai le billet à Gertrude. Le reste delà journée se passa à attendre et à espérer.