La seconde nuit s'écoula aussi tranquille que la première; puis vint l'heure du déjeuner, attendue avec tant d'impatience; car je ne doutais point que je ne trouvasse dans mon pain un nouveau billet. Je ne me trompais pas; le billet était conçu en ses termes:
«La personne qui vous a enlevée arrive au château de Beaugé ce soir à dix heures; mais, à neuf, l'ami qui veille sur vous sera sous vos fenêtres avec une lettre de votre père, qui vous commandera la confiance, que sans cette lettre vous ne lui accorderiez peut-être pas.
«Brûlez ce billet.»
Je lus et relus cette lettre, puis je la jetai au feu, selon la recommandation qu'elle contenait. L'écriture m'était complètement inconnue, et, je l'avoue, j'ignorais d'où elle pouvait, venir.
Nous nous perdîmes en conjectures, Gertrude et moi; cent fois pendant la matinée nous allâmes à la fenêtre pour regarder si nous n'apercevions personne sur les rives de l'étang et dans les profondeurs de la forêt; tout était solitaire.
Une heure après le dîner, on frappa à notre porte; c'était la première fois qu'il arrivait que l'on tentât d'entrer chez nous à d'autres heures qu'à celles de nos repas; cependant, comme nous n'avions aucun moyen de nous enfermer en dedans, force nous fut de laisser entrer.
C'était l'homme qui nous avait parlé à la porte de la litière et dans la cour du château. Je ne pus le reconnaître au visage, puisqu'il était masqué lorsqu'il nous parla; mais, aux premières paroles qu'il prononça, je le reconnus à la voix.
Il me présenta une lettre.
—De quelle part venez-vous, monsieur? lui demandai-je.
—Que mademoiselle se donne la peine de lire, me répondit-il, et elle verra.