—En effet, dit Bussy, cela nous étonna tous.

—Il venait m'annoncer cette nouvelle, espérant que cette dignité hâterait mon consentement, seulement, il ne pressait pas, il n'insistait pas, il attendait tout de ma promesse et des événements.

Quant à moi, je commençais d'espérer que, le duc d'Anjou me croyant morte, et le danger n'existant plus, je cesserais d'être engagée au comte.

Sept autres jours s'écoulèrent sans rien amener de nouveau que deux visites du comte. Ces visites, comme les précédentes, furent froides et respectueuses, mais je vous ai expliqué ce qu'avaient de singulier, et je dirai presque de menaçant, cette froideur et ce respect.

Le dimanche suivant, j'allai à l'église comme j'avais déjà fait, et repris la même place que j'avais occupée huit jours auparavant. La sécurité rend imprudente: au milieu de mes prières, mon voile s'écarta… Dans la maison de Dieu, d'ailleurs, je ne pensais qu'à Dieu…. Je priais ardemment pour mon père, quand tout à coup je sentis que Gertrude me touchait le bras; il me fallut un second appel pour me tirer de l'espèce d'extase religieuse dans laquelle j'étais plongée. Je levai la tête, je regardai machinalement autour de moi, et j'aperçus avec terreur, appuyé contre une colonne, le duc d'Anjou qui me dévorait des yeux.

Un homme, qui semblait son confident plutôt que son serviteur, était près de lui.

—C'était Aurilly, dit Bussy, son joueur de luth.

—En effet, répondit Diane, je crois que c'est ce nom que Gertrude me dit plus tard.

—Continuez, madame, dit Bussy, continuez, par grâce, je commence à tout comprendre.

—Je ramenai vivement mon voile sur mon visage, il était trop tard: il m'avait vue, et, s'il ne m'avait point reconnue, ma ressemblance, du moins, avec cette femme qu'il avait aimée et qu'il croyait avoir perdue, venait de le frapper profondément. Mal à l'aise sous son regard que je sentais peser sur moi, je me levai et m'avançai vers la porte; mais, à la porte, je le retrouvai, il avait trempé ses doigts dans le bénitier, et me présentait l'eau bénite.