Je fis semblant de ne pas le voir, et passai sans accepter ce qu'il m'offrait.
Mais, sans que je me retournasse, je compris que nous étions suivies; si j'eusse connu Paris, j'eusse essayé de tromper le duc sur ma véritable demeure, mais je n'avais jamais parcouru d'autre chemin que celui qui conduisait de la maison que j'habitais à l'église; je ne connaissais personne à qui je pusse demander une hospitalité d'un quart d'heure, pas d'amie, un seul défenseur que je craignais plus qu'un ennemi, voilà tout.
—Oh! mon Dieu! murmura Bussy, pourquoi le ciel, la Providence ou le hasard ne m'ont-ils pas conduit plus tôt sur votre chemin?
Diane remercia le jeune homme d'un regard.
—Mais pardon, reprit Bussy: je vous interromps toujours, et cependant je meurs de curiosité. Continuez, je vous en supplie.
—Le même soir, M. de Monsoreau vint. Je ne savais point si je devais lui parler de mon aventure, lorsque lui-même fit cesser mon hésitation.
—Vous m'avez demandé, dit-il, s'il vous était défendu d'aller à la messe; et je vous ai répondu que vous étiez maîtresse souveraine de vos actions et que vous feriez mieux de ne pas sortir. Vous n'avez pas voulu m'en croire; vous êtes sortie ce matin pour aller entendre l'office divin à l'église de Sainte-Catherine; le prince s'y trouvait par hasard, ou plutôt par fatalité, et vous y a vue.
—C'est vrai, monsieur, et j'hésitais à vous faire part de cette circonstance, car j'ignorais que le prince m'avait reconnue pour celle que je suis, ou si ma vue l'avait simplement frappé.
—Votre vue l'a frappé, votre ressemblance avec la femme qu'il regrette lui a paru extraordinaire: il vous a suivie et a pris des informations; mais personne n'a rien pu lui dire, car personne ne sait rien.
—Mon Dieu! monsieur! m'écriai-je.