—Oui… j'étudie un coup… savez-vous jouer aux échecs, monsieur?

—A peine.

—Oui, je sais, vous êtes musicien, et la musique est un art si difficile, que les privilégiés qui se livrent à cet art sont forcés de lui donner tout leur temps et toute leur intelligence.

—Il paraît que le coup est sérieux, demanda en riant Aurilly.

—Oui, c'est mon roi qui m'inquiète; vous saurez, monsieur Aurilly, qu'aux échecs le roi est un personnage très-niais, très-insignifiant, qui n'a pas de volonté, qui ne peut faire qu'un pas à droite, un pas à gauche, un pas en avant, un pas en arrière, tandis qu'il est entouré d'ennemis très-alertes, de cavaliers qui sautent trois cases d'un coup, et d'une foule de pions qui l'entourent, qui le pressent, qui le harcèlent; de sorte que, s'il est mal conseillé, ah! dame! en peu de temps, c'est un monarque perdu; il est vrai qu'il a son fou qui va, qui vient, qui trotte d'un bout de l'échiquier à l'autre, qui a le droit de se mettre devant lui, derrière lui et à côté de lui; mais il n'en est pas moins certain que plus le fou est dévoué à son roi, plus il s'aventure lui-même, monsieur Aurilly; et, dans ce moment, je vous avouerai que mon roi et son fou sont dans une situation des plus périlleuses.

—Mais, demanda Aurilly, par quel hasard, monsieur Chicot, êtes-vous venu étudier toutes ces combinaisons à la porte de Son Altesse Royale?

—Parce que j'attends M. de Quélus, qui est là.

—Où là? demanda Aurilly.

—Mais chez Son Altesse.

—Chez Son Altesse, M. de Quélus? fit avec surprise Aurilly.