Était-ce un ami ou un ennemi qui tenait le bas de l'échelle; étaient-ce des bras ouverts ou des bras armés qui l'attendaient au dernier échelon?
Une terreur irrésistible s'empara de François; il tenait encore le balcon de la main gauche, il fit un mouvement pour remonter.
On eût dit que la personne invisible qui attendait le prince au pied de la muraille devinait tout se qui se passait dans son coeur, car, au moment même, un petit tiraillement, bien doux et bien égal, une sorte de sollicitation de la soie, arriva jusqu'au pied du prince.
—Voilà qu'on tient l'échelle par en bas, dit-il, on ne veut donc pas que je tombe. Allons, du courage.
Et il continua de descendre; les deux montants de l'échelle étaient tendus comme des bâtons. François remarqua que l'on avait soin d'écarter les échelons du mur pour faciliter l'appui de son pied. Dès lors il se laissa glisser comme une flèche, coulant sur les mains plutôt que sur les échelons, et sacrifiant à cette rapide descente le pan doublé de son manteau.
Tout à coup, au lieu de toucher la terre, qu'il sentait instinctivement être proche de ses pieds, il se sentit enlevé dans les bras d'un homme qui lui glissa à l'oreille ces trois mots:
—Vous êtes sauvé.
Alors on le porta jusqu'au revers du fossé, et là on le poussa le long d'un chemin pratiqué entre des éboulements de terre et de pierre; il parvint enfin à la crête; à la crête, un autre homme attendait, qui le saisit par le collet et le tira à lui; puis, ayant aidé de même son compagnon, courut, courbé comme un vieillard, jusqu'à la rivière. Les chevaux étaient bien où François les avait vus d'abord.
Le prince comprit qu'il n'y avait plus à reculer; il était complètement à la merci de ses sauveurs. Il courut à l'un des trois chevaux, sauta dessus; ses deux compagnons en firent autant. La même voix qui lui avait déjà parlé tout bas à l'oreille lui dit avec le même laconisme et le même mystère:
—Piquez.