—Diane, il me semble qu'aujourd'hui a commencé ma vie; il me semble que d'aujourd'hui je vois clair sur le chemin qui mène à l'éternité. Vous êtes, n'en doutez pas, la lumière qui me révèle tant de bonheur; je ne savais rien de ce monde ni de la condition des hommes en ce monde; aussi, je puis vous répéter ce que, hier, je vous disais: ayant commencé par vous à vivre, c'est avec vous que je mourrai.
—Et moi, lui répondit-elle, moi qui, un jour, me suis jetée sans regret dans les bras de la mort, je tremble aujourd'hui de ne pas vivre assez longtemps pour épuiser tous les trésors que me promet votre amour. Mais pourquoi ne venez-vous pas au château, Louis? mon père serait heureux de vous voir; M. de Saint-Luc est votre ami, et il est discret…. Songez qu'une heure de plus à nous voir, c'est inappréciable.
—Hélas! Diane, si je vais une heure au château, j'irai toujours; si j'y vais, toute la province le saura; si le bruit en vient aux oreilles de cet ogre, votre époux, il accourra…. Vous m'avez défendu de vous en délivrer….
—A quoi bon? dit-elle avec cette expression qu'on ne trouve jamais que dans la voix de la femme qu'on aime.
—Eh bien! pour notre sûreté, c'est-à-dire pour la sécurité de notre bonheur, il importe que nous cachions notre secret à tout le monde: madame de Saint-Luc le sait déjà… Saint-Luc le saura aussi.
—Oh! pourquoi….
—Me cacheriez-vous quelque chose, dit Bussy, à moi, à présent?
—Non… c'est vrai.
—J'ai écrit ce matin un mot à Saint-Luc pour lui demander une entrevue à Angers. Il viendra; j'aurai sa parole de gentilhomme que jamais un mot de cette aventure ne lui échappera. C'est d'autant plus important, chère Diane, que partout, certainement, on me cherche. Les événements étaient graves lorsque nous avons quitté Paris.
—Vous avez raison… et puis mon père est un homme si scrupuleux, bien qu'il m'aime, qu'il serait capable de me dénoncer à M. de Monsoreau.