—Cachons-nous bien… et, si Dieu nous livre à nos ennemis, au moins pourrons-nous dire que faire autrement était impossible.
—Dieu est bon, Louis; ne doutez pas de lui en ce moment.
—Je ne doute pas de Dieu, j'ai peur de quelque démon, jaloux de voir notre joie.
—Dites-moi adieu, monseigneur, et ne retournez pas si vite, votre cheval me fait peur.
—Ne craignez rien, il connaît déjà la route; c'est le plus doux, le plus sûr coursier que j'aie encore monté. Quand je retourne à la ville, abîmé dans mes douces pensées, il me conduit sans que je touche à la bride.
Les deux amants échangèrent mille propos de ce genre entrecoupés de mille baisers. Enfin la trompe de chasse, rapprochée du château, fit entendre l'air dont Jeanne était convenue avec son amie, et Bussy partit.
—Comme il approchait de la ville, rêvant à cette enivrante journée, et tout fier d'être libre, lui, que les honneurs, les soins de la richesse et les faveurs d'un prince du sang tenaient toujours embrassé dans des chaînes d'or, il remarqua que l'heure approchait où l'on allait fermer les portes de la ville. Le cheval, qui avait brouté tout le jour sous les feuillages et l'herbe, avait continué en chemin, et la nuit venait.
Bussy se préparait à piquer pour réparer le temps perdu, quand il entendit derrière lui le galop de quelques chevaux.
Pour un homme qui se cache, et surtout pour un amant, tout semble une menace; les amants heureux ont cela de commun avec les voleurs. Bussy se demandait s'il valait mieux prendre le galop pour gagner l'avance, ou se jeter de côté pour laisser passer les cavaliers; mais leur course était si rapide, qu'ils furent sur lui en un moment.
Ils étaient deux. Bussy, jugeant qu'il n'y avait pas de lâcheté à éviter deux hommes lorsqu'on en vaut quatre, se rangea, et aperçut un des cavaliers dont les talons entraient dans les flancs de sa monture, stimulée d'ailleurs par bon nombre de coups d'étrivières que lui détachait son compagnon.