—Cela ne sera point difficile, et il ne me faut pas grand'place, comme vous savez; d'ailleurs, je dormirai debout, s'il le faut. Je suis assez fatigué pour cela.

Les deux amis, car Bussy traitait le Haudoin plutôt en ami qu'en serviteur, se séparèrent, et Bussy, le coeur doublement content de se retrouver entre Diane et Remy, dormit tout d'une traite.

Il est vrai que, pour dormir à son aise, le duc, de son côté, avait fait prier qu'on ne tirât plus le canon, et que les mousquetades cessassent; quant aux cloches, elles s'étaient endormies toutes seules, grâce aux ampoules des sonneurs.

Bussy se leva de bonne heure, et courut au château en ordonnant qu'on prévint Remy de l'y venir rejoindre: il tenait à guetter les premiers bâillements du réveil de Son Altesse, afin de surprendre, s'il était possible, sa pensée dans la grimace, ordinairement très-significative, du dormeur qu'on éveille.

Le duc se réveilla, mais on eût dit que, comme son frère Henri, il mettait un masque pour dormir. Bussy en fut pour ses frais de matinalité.

Il tenait tout prêt un catalogue de choses toutes plus importantes les unes que les autres.

D'abord une promenade extra-muros pour reconnaître les fortifications de la place.

Une revue des habitants et de leurs armes.

Visite à l'arsenal et commande de munitions de toutes espèces.

Examen minutieux des tailles de la province, à l'effet de procurer aux bons et fidèles vassaux du prince un petit supplément d'impôt destiné à l'ornement intérieur des coffres.