Chicot laissa son épée au fourreau, laissa sa dague dans sa gaîne, et se mit à réfléchir profondément.
Le roi, voyant Chicot réfléchir, se souvint que Chicot avait, un jour, dans un point difficile, qui s'était éclairci depuis, été de l'avis de la reine mère, laquelle avait eu raison.
Il comprit donc que, dans Chicot, était la sagesse du royaume, et il interrogea Chicot.
—Sire, répliqua celui-ci après avoir mûrement réfléchi, ou monseigneur le duc d'Anjou vous envoie un ambassadeur, ou il ne vous en envoie pas.
—Pardieu, dit le roi, c'était bien la peine de te creuser la joue avec le poing pour trouver ce beau dilemme.
—Patience, patience, comme dit, dans la langue de maître Machiavelli, votre auguste mère, que Dieu conserve; patience!
—Tu vois que j'en ai, dit le roi, puisque je t'écoute.
—S'il vous envoie un ambassadeur, c'est qu'il croit pouvoir le faire; s'il croit pouvoir le faire, lui qui est la prudence en personne, c'est qu'il se sent fort; s'il se sent fort, il faut le ménager. Respectons les puissances; trompons-les, mais ne jouons pas avec elles; recevons leur ambassadeur, et témoignons-lui toutes sortes de plaisir de le voir. Cela n'engage à rien. Vous rappelez-vous comment votre frère a embrassé ce bon amiral Coligny qui venait en ambassadeur de la part des huguenots, qui, eux aussi, se croyaient une puissance?
—Alors tu approuves la politique de mon frère Charles IX?
—Non pas, entendons-nous, je cite un fait, et j'ajoute: si plus tard nous trouvons moyen, non pas de nuire à un pauvre diable de héraut d'armes, d'envoyé, de commis ou d'ambassadeur, si plus tard nous trouvons moyen de saisir au collet le maître, le moteur, le chef, le très-grand et très-honoré prince, monseigneur le duc d'Anjou, vrai, seul et unique coupable, avec les trois Guise, bien entendu, et de les claquemurer dans un fort plus sûr que le Louvre, oh! sire, faisons-le.