—D'un grand embarras? reprit Bussy regardant le comte jusqu'au fond des yeux, et lequel?

—Ignorez-vous ce qui doit se passer demain?

—Complètement.

—Sur l'honneur?

—Foi de gentilhomme.

—M. d'Anjou ne vous a rien confié?

—Rien. M. d'Anjou ne me confie que les choses qu'il peut dire tout haut, et j'ajouterai presque qu'il peut dire à tout le monde.

—Eh bien, moi qui ne suis pas le duc d'Anjou, moi qui aime mes amis pour eux et non pour moi, je vous dirai, mon cher comte, qu'il se prépare pour demain des événements graves, et que les partis d'Anjou et de Guise méditent un coup dont la déchéance du roi pourrait bien être le résultat.

Bussy regarda M. de Monsoreau avec une certaine défiance; mais sa figure exprimait la plus entière franchise, et il n'y avait point à se tromper à cette expression.

—Comte, lui répondit-il, je suis au duc d'Anjou, vous le savez, c'est-à-dire que ma vie et mon épée lui appartiennent. Le roi, contre lequel je n'ai jamais rien ostensiblement entrepris, me garde rancune, et n'a jamais manqué l'occasion de me dire ou de me faire une chose blessante. Et demain même,—Bussy baissa la voix,—je vous dis cela, mais je le dis à vous seul, comprenez-vous bien? demain je vais risquer ma vie pour humilier Henri de Valois dans la personne de ses favoris.