Le comte de Monsoreau serra la main de Bussy, et tous deux se quittèrent.

Nous avons dit, dans le chapitre précédent, ce qui se passa le lendemain, au lever du roi.

Monsoreau rentra chez lui, et annonça à sa femme son départ pour Compiègne; en même temps, il donna l'ordre de faire tous les préparatifs de ce départ.

Diane entendit la nouvelle avec joie. Elle savait de son mari le duel futur de Bussy et d'Épernon; mais d'Épernon était celui des mignons du roi qui avait la moindre réputation de courage et d'adresse: elle n'avait donc qu'une crainte mêlée d'orgueil en songeant au combat du lendemain.

Bussy s'était présenté dès le matin chez le duc d'Anjou et l'avait accompagné au Louvre, tout en se tenant dans la galerie. Le duc le prit en revenant de chez son frère, et tout le cortège royal s'achemina vers Saint-Germain-l'Auxerrois.

En voyant Bussy si franc, si loyal, si dévoué, le prince avait eu quelques remords; mais deux choses combattaient en lui les bonnes dispositions: le grand empire que Bussy avait pris sur lui, comme toute nature puissante sur une nature faible, et qui lui inspirait la crainte que, tout en se tenant debout près de son trône, Bussy ne fût le véritable roi; puis, l'amour de Bussy pour madame de Monsoreau, amour qui éveillait toutes les tortures de la jalousie au fond du coeur du prince.

Cependant il s'était dit, car Monsoreau lui inspirait, de son côté, des inquiétudes presque aussi grandes que Bussy, cependant il s'était dit:

—Ou Bussy m'accompagnera, et, en me secondant par son courage, fera triompher ma cause, et alors, si j'ai triomphé, peu m'importe! ce que dira et ce que fera le Monsoreau; ou Bussy m'abandonnera, et alors je ne lui dois plus rien, et je l'abandonne à mon tour.

Le résultat de cette double réflexion dont Bussy était l'objet, faisait que le prince ne quittait pas un instant des yeux le jeune homme. Il le vit, avec son visage calme et souriant, entrer à l'église, après avoir galamment cédé le pas à M. d'Épernon, son adversaire, et s'agenouiller un peu en arrière.

Le prince fit alors signe à Bussy de se rapprocher de lui. Dans la position où il se trouvait, il était obligé de tourner complètement la tête, tandis qu'en le faisant mettre à sa gauche, il n'avait besoin que de tourner les yeux.