Il en résulta que les dagues et les rapières s'abaissèrent devant Chicot, qui, soit dévouement,—et il en était capable,—soit pénétration de leur pensée, continua de leur rire au nez.

Cependant les menaces du roi devenaient plus pressantes, et les coups de hache de Crillon plus pressés. Il était évident que la porte ne pouvait résister longtemps à une pareille attaque, qu'on n'essayait pas même de repousser.

Aussi, après un moment de délibération, le duc de Guise donna-t-il l'ordre de la retraite.

Cet ordre fit sourire Chicot.

Pendant les nuits de retraite avec Gorenflot, il avait examiné le souterrain; il avait reconnu la porte de sortie, et il avait dénoncé cette porte au roi, qui y avait placé Tocquenot, lieutenant des gardes suisses.

Il était donc évident que les ligueurs, les uns après les autres, allaient se jeter dans la gueule du loup.

Le cardinal s'éclipsa le premier, suivi d'une vingtaine de gentilshommes. Alors Chicot vit passer le duc avec un pareil nombre à peu près de moines; puis Mayenne, à qui sa difficulté de courir, à cause de son énorme ventre et de son épaisse encolure, avait tout naturellement fait confier le soin de la retraite.

Quand M. de Mayenne passa le dernier devant la cellule de Gorenflot et que Chicot le vit se traîner, alourdi par sa masse, Chicot ne souriait plus, il se tenait les côtes de rire.

Dix minutes s'écoulèrent, pendant lesquelles Chicot prêta l'oreille, croyant toujours entendre le bruit des ligueurs refoulés dans le souterrain; mais, à son grand étonnement, le bruit, au lieu de revenir à lui, continuait de s'éloigner.

Tout à coup une pensée vint au Gascon, qui changea ses éclats de rire en grincements de dents. Le temps s'écoulait, les ligueurs ne revenaient pas; les ligueurs s'étaient-ils aperçus que la porte était gardée, et avaient-ils découvert une autre sortie?