—Vois-tu, Remy, dit le comte, quand mon bras tient une épée, il s'y attache de telle sorte, que les fibres de la chair prennent la rigueur et la souplesse de l'acier, tandis que, de son côté, l'acier semble s'animer et s'échauffer comme une chair vivante. De ce moment, mon épée est un bras et mon bras est une épée. Dès lors, comprends-tu? il ne s'agit plus de force ni de dispositions. Une lame ne se fatigue pas.
—Non, mais elle s'émousse.
—Ne crains rien.
—Ah! mon cher seigneur, continua Remy, c'est que demain, voyez-vous, il s'agit de faire un combat comme celui d'Hercule contre Antée, comme celui de Thésée contre le Minotaure, comme celui des Trente, comme celui de Bayard; quelque chose d'homérique, de gigantesque, d'impossible; il s'agit qu'on dise dans l'avenir le combat de Bussy comme étant le combat par excellence, et, dans ce combat, je ne veux pas, voyez-vous, je ne veux pas seulement qu'on vous entame la peau.
—Sois tranquille, mon bon Remy; tu verras des merveilles. J'ai, ce matin, mis quatre épées aux mains de quatre ferrailleurs qui, durant huit minutes, n'ont pu, à eux quatre, me toucher une seule fois, tandis que je leur ai mis leurs pourpoints en loques. Je bondissais comme un tigre.
—Je ne dis pas le contraire, maître; mais vos jarrets de demain seront-ils vos jarrets d'aujourd'hui?
Ici Bussy et son chirurgien entamèrent un dialogue latin, fréquemment interrompu par leurs éclats de rire.
Ils parvinrent ainsi au bout de la grande rue Saint-Antoine.
—Adieu, dit Bussy; nous sommes arrivés.
—Si je vous attendais? dit Remy.