Bussy, sans inquiétude et sans hésitation, avait été reçu sans crainte par Diane, qui croyait être sûre de l'absence de son mari.
Jamais la belle jeune femme n'avait été si joyeuse; jamais Bussy n'avait été si heureux; dans certain moment, dont l'âme ou plutôt l'instinct conservateur sent toute la gravité, l'homme unit ses facultés morales à tout ce que ses sens peuvent lui fournir de ressources physiques, il se concentre et se multiplie. Il aspire de toutes ses forces la vie, qui peut lui manquer d'un moment à l'autre, sans qu'il devine par quelle catastrophe elle lui manquerait.
Diane, émue, et d'autant plus émue qu'elle cherchait à cacher son émotion, Diane, émue des craintes de ce lendemain menaçant, paraissait plus tendre, parce que la tristesse, tombant au fond de tout amour, donne à cet amour le parfum de poésie qui lui manquait; la véritable passion n'est point folâtre, et l'oeil d'une femme sincèrement éprise est plus souvent humide que brillant.
Aussi débuta-t-elle par arrêter l'amoureux jeune homme. Ce qu'elle avait à lui dire, ce soir-là, c'est que sa vie était sa vie; ce qu'elle avait à débattre avec lui, c'était les plus sûrs moyens de fuir. Car ce n'était pas le tout que de vaincre, il fallait, après avoir vaincu, fuir la colère du roi; car jamais Henri, c'était probable, ne pardonnerait au vainqueur la défaite ou la mort de ses favoris.
—Et puis, disait Diane, le bras passé autour du cou de Bussy et dévorant des yeux le visage de son amant, n'es-tu pas le plus brave de France? Pourquoi mettrais-tu un point d'honneur à augmenter ta gloire? Tu es déjà si supérieur aux autres hommes, qu'il n'y aurait pas de générosité à toi de vouloir te grandir encore. Tu ne veux pas plaire aux autres femmes, car tu m'aimes, et tu craindrais de me perdre à jamais, n'est-ce pas, Louis? Louis, défends ta vie. Je ne te dis pas: «Songe à la mort,» car il me semble qu'il n'existe pas au monde un homme assez fort, assez puissant pour tuer mon Louis autrement que par trahison; mais songe aux blessures: on peut être blessé, tu le sais bien, puisque c'est à une blessure reçue en combattant contre ces mêmes hommes que je dois de te connaître.
—Sois tranquille, dit Bussy en riant, je garderai le visage; je ne veux pas être défiguré.
—Oh! garde ta personne tout entière. Qu'elle te soit sacrée, mon Bussy, comme si toi, c'était moi. Songe à la douleur que tu éprouverais si tu me voyais revenir blessée et sanglante; eh bien, la même douleur que tu ressentirais, je l'éprouverais en voyant ton sang. Sois prudent, mon lion trop courageux, voilà tout ce que je te recommande. Fais comme ce Romain dont tu me lisais l'histoire pour me rassurer l'autre jour. Oh! imite-le bien; laisse tes trois amis faire leur combat, porte-toi au secours du plus menacé; mais, si deux hommes, si trois hommes t'attaquent à la fois, fuis; tu te retourneras comme Horace, et tu les tueras les uns après les autres, et à distance.
—Oui, ma chère Diane, dit Bussy.
—Oh! tu me réponds sans m'entendre, Louis; tu me regardes, et tu ne m'écoutes pas!
—Oui, mais je te vois, et tu es bien belle!