—Ce n'est point de ma beauté qu'il s'agit en ce moment, mon Dieu! il s'agit de toi, de ta vie, de notre vie; tiens, c'est bien affreux ce que je vais te dire, mais je veux que tu le saches, cela te rendra, non pas plus fort, mais plus prudent. Eh bien, j'aurai le courage de voir ce duel!

—Toi?

—J'y assisterai.

—Comment cela? impossible, Diane.

—Non! écoute: il y a, tu sais, dans la chambre à côté de celle-ci, une fenêtre qui donne sur une petite cour, et qui regarde de biais l'enclos des Tournelles.

—Oui, je me le rappelle; cette fenêtre élevée de vingt pieds à peu près, et qui domine un treillis de fer, aux pointes duquel, l'autre jour, je faisais tomber du pain que les oiseaux venaient prendre.

—De là, comprends-tu? Bussy, je te verrai. Surtout, place-toi de manière que je te voie; tu sauras que je suis là, tu pourras me voir moi-même. Mais non, insensée que je suis, ne me regarde pas, car ton ennemi peut profiter de ta distraction.

—Et me tuer, n'est-ce pas? tandis que j'aurais les yeux fixés sur toi. Si j'étais condamné, et qu'on me laissât le choix de la mort, Diane, ce serait celle-là que je choisirais.

—Oui, mais tu n'es pas condamné, mais il ne s'agit pas de mourir; il s'agit de vivre au contraire.

—Et je vivrai, sois tranquille; d'ailleurs, je suis bien secondé, crois-moi, tu ne connais pas mes amis; mais je les connais. Antraguet tire l'épée comme moi; Ribérac est froid sur le terrain, et semble n'avoir de vivant que les yeux avec lesquels il dévore son adversaire et le bras avec lequel il le frappe; Livarot brille par une agilité de tigre. La partie est belle, crois-moi, Diane, trop belle. Je voudrais courir plus de danger pour avoir plus de mérite.