Il lui fit signe d'amener le duc d'Anjou.
—Non, sire, ajouta Saint-Luc d'une voix sévère, M. de Bussy ne s'est point battu, en effet, et voilà pourquoi je viens demander, non pas vengeance, comme j'ai eu tort de le dire à Votre Majesté, mais justice, car j'aime mon roi, et surtout l'honneur de mon roi par-dessus toutes choses, et je trouve qu'en poignardant M. de Bussy on a rendu un déplorable service à Votre Majesté.
Le duc d'Anjou venait d'arriver à la porte; il s'y tenait débout et immobile comme une statue de bronze.
Les paroles de Saint-Luc avaient éclairé le roi; elles lui rappelaient le service que son frère prétendait lui avoir rendu.
Son regard se croisa avec celui du duc, et il n'eut plus de doute: car, en même temps qu'il lui répondait oui du regard, le duc avait fait de haut en bas un signe imperceptible de tête.
—Savez-vous ce que l'on va dire maintenant? s'écria Saint-Luc. On va dire, si vos amis sont vainqueurs, qu'ils ne le sont que parce que vous avez fait égorger Bussy.
—Et qui dit cela, monsieur? demanda le roi.
—Pardieu! tout le monde, dit Crillon se mêlant, sans façon et comme d'habitude, à la conversation.
—Non, monsieur, dit le roi, inquiet et subjugué par cette opinion de celui qui était le plus brave de son royaume depuis que Bussy était mort, non, monsieur, on ne le dira pas, car vous me nommerez l'assassin.
Saint-Luc vit une ombre se projeter.