C'était le duc d'Anjou, qui venait de faire deux pas dans la chambre.
Il se retourna et le reconnut.
—Oui, sire, je le nommerai! dit-il en se relevant, car je veux à tout prix disculper Votre Majesté d'une si abominable action.
—Eh bien, dites.
Le duc s'arrêta et attendit tranquillement.
Crillon se tenait derrière lui, le regardant de travers et secouant la tête.
—Sire, reprit Saint-Luc, cette nuit, on a fait tomber Bussy dans un piège: tandis qu'il rendait visite à une femme dont il était aimé, le mari, prévenu par un traître, est rentré chez lui avec des assassins; il y en avait partout, dans la rue, dans la cour et jusque dans le jardin.
Si tout n'eût pas été fermé, comme nous l'avons dit, dans la chambre du roi, on eût pu voir, malgré sa puissance sur lui-même, pâlir le prince à ces dernières paroles.
—Bussy s'est défendu comme un lion, sire; mais le nombre l'a emporté, et….
—Et il est mort, interrompit le roi, et mort justement; car je ne vengerai certes pas un adultère.
—Sire, je n'ai pas fini mon récit, reprit Saint-Luc. Le malheureux, après s'être défendu, près d'une demi-heure dans la chambre, après avoir triomphé de ses ennemis, le malheureux se sauvait blessé, sanglant, mutilé; il ne s'agissait plus que de lui tendre une main secourable, que je lui eusse tendue, moi, si je n'eusse été arrêté, avec la femme qu'il m'avait confiée, par ses assassins; si je n'eusse été garrotté, bâillonné. Malheureusement on avait oublié de m'ôter la vue comme on m'avait ôté la parole, et j'ai vu, sire, j'ai vu deux hommes s'approcher du malheureux Bussy, suspendu par la cuisse aux lances d'une grille de fer; j'ai entendu le blessé leur demander secours, car, dans ces deux hommes, il avait le droit de voir deux amis. Eh bien, l'un, sire,—c'est horrible à raconter, mais, croyez-le, c'était encore bien plus horrible à voir et à entendre,—l'un a ordonné de faire feu, et l'autre a obéi.