Les gardes, prévenus, levèrent un étendard, et répondirent par des symphonies semblables.
C'était Catherine de Médicis qui venait faire son entrée à Angers, avec une suite assez imposante.
On prévint aussitôt Bussy, qui se leva de son lit, et Bussy alla trouver le prince, qui se mit dans le sien.
Certes, les airs joués par les trompettes angevines étaient de fort beaux airs; mais ils n'avaient pas la vertu de ceux qui firent tomber le murs de Jéricho; les portes d'Angers ne s'ouvrirent pas.
Catherine se pencha hors de sa litière pour se montrer aux gardes avancées, espérant que la majesté d'un visage royal ferait plus d'effet que le son des trompettes. Les miliciens d'Angers virent la reine, la saluèrent même avec courtoisie, mais les portes demeurèrent fermées.
Catherine envoya un gentilhomme aux barrières. On fit force politesses à ce gentilhomme; mais, comme il demandait l'entrée pour la reine mère, en insistant pour que Sa Majesté fût reçue avec honneur, on lui répondit qu'Angers, étant place de guerre, ne s'ouvrait pas sans quelques formalités indispensables.
Le gentilhomme revint très-mortifié vers sa maîtresse, et Catherine laissa échapper alors dans toute l'amertume de sa réalité, dans toute la plénitude de son acception, ce mot que Louis XIV modifia plus tard selon les proportions qu'avait prises l'autorité royale:
—J'attends! murmura-t-elle.
Et ses gentilshommes frémissaient à ses côtés.
Enfin Bussy, qui avait employé près d'une demi-heure à sermonner le duc et à lui forger cent raisons d'État, toutes plus péremptoires les unes que les autres, Bussy se décida. Il fit seller son cheval avec force caparaçons, choisit cinq gentilshommes des plus désagréables à la reine mère, et, se plaçant à leur tête, alla, d'un pas de recteur, au-devant de Sa Majesté.