Catherine commençait à se fatiguer, non pas d'attendre, mais de méditer des vengeances contre ceux qui lui jouaient ce tour.
Elle se rappelait le conte arabe dans lequel il est dit qu'un génie rebelle, prisonnier dans un vase de cuivre, promet d'enrichir quiconque le délivrerait dans les dix premiers siècles de sa captivité; puis, furieux d'attendre, jure la mort de l'imprudent qui briserait le couvercle du vase.
Catherine en était là. Elle s'était promis d'abord de gracieuser les gentilshommes qui s'empresseraient de venir à sa rencontre. Ensuite elle fit voeu d'accabler de sa colère celui qui se présenterait le premier.
Bussy parut tout empanaché à la barrière, et regarda vaguement, comme un factionnaire nocturne qui écoute plutôt qu'il ne voit.
—Qui vive? cria-t-il.
Catherine s'attendait au moins à des génuflexions; son gentilhomme la regarda pour connaître ses volontés.
—Allez, dit-elle, allez encore à la barrière; on crie: «Qui vive!»
Répondez, monsieur, c'est une formalité….
Le gentilhomme vint aux pointes de la herse.
—C'est madame la reine mère, dit-il, qui vient visiter la bonne ville d'Angers.
—Fort bien, monsieur, répliqua Bussy; veuillez tourner à gauche, à quatre-vingts pas d'ici environ, vous allez rencontrer la poterne.