— Ses nuits, continua le duc d'Alençon, ses nuits?

— Eh bien? demanda Marguerite, sentant qu'il fallait bien répondre quelque chose.

— Eh bien, il les a passées chez madame de Sauve.

— Comment le savez-vous? s'écria Marguerite.

— Je le sais parce que j'avais intérêt à le savoir, répondit le jeune prince en pâlissant et en déchiquetant la broderie de ses manches.

Marguerite commençait à comprendre ce que Catherine avait dit tout bas à Charles IX: mais elle fit semblant de demeurer dans son ignorance.

— Pourquoi me dites-vous cela, mon frère? répondit-elle avec un air de mélancolie parfaitement joué; est-ce pour me rappeler que personne ici ne m'aime et ne tient à moi: pas plus ceux que la nature m'a donnés pour protecteurs que celui que l'Église m'a donné pour époux?

— Vous êtes injuste, dit vivement le duc d'Alençon en rapprochant encore son fauteuil de celui de sa soeur, je vous aime et vous protège, moi.

— Mon frère, dit Marguerite en le regardant fixement, vous avez quelque chose à me dire de la part de la reine mère.

— Moi! vous vous trompez, ma soeur, je vous jure; qui peut vous faire croire cela?