— Ma liberté! reprit Marguerite, qui voulait forcer le prince à aller jusqu'au bout de sa pensée.
— Sans doute, votre liberté; vous allez être séparée du roi de
Navarre.
— Séparée! dit Marguerite en fixant ses yeux sur le jeune prince.
Le duc d'Alençon essaya de soutenir le regard de sa soeur; mais bientôt ses yeux s'écartèrent d'elle avec embarras.
— Séparée! répéta Marguerite; voyons cela, mon frère, car je suis bien aise que vous me mettiez à même d'approfondir la question; et comment compte-t-on nous séparer?
— Mais, murmura le duc, Henri est huguenot.
— Sans doute; mais il n'avait pas fait mystère de sa religion, et l'on savait cela quand on nous a mariés.
— Oui, mais depuis votre mariage, ma soeur, dit le duc, laissant malgré lui un rayon de joie illuminer son visage, qu'a fait Henri?
— Mais vous le savez mieux que personne, François, puisqu'il a passé ses journées presque toujours en votre compagnie, tantôt à la chasse, tantôt au mail, tantôt à la paume.
— Oui, ses journées, sans doute, reprit le duc, ses journées; mais ses nuits? Marguerite se tut, et ce fut à son tour de baisser les yeux.