— Gillonne, dit-elle, voici la nuit venue, je crois qu'il est temps que tu ailles porter la clef. Gillonne sourit et se retira.
— Mais, continua Marguerite, si vous êtes seul à Paris, sans amis, comment ferez-vous?
— Madame, j'en aurai beaucoup; car, tandis que j'étais poursuivi, j'ai pensé à ma mère, qui était catholique; il m'a semblé que je la voyais glisser devant moi sur le chemin du Louvre, une croix à la main, et j'ai fait voeu, si Dieu me conservait la vie, d'embrasser la religion de ma mère. Dieu a fait plus que de me conserver la vie, madame; il m'a envoyé un de ses anges pour me la faire aimer.
— Mais vous ne pourrez marcher; avant d'avoir fait cent pas vous tomberez évanoui.
— Madame, je me suis essayé aujourd'hui dans le cabinet; je marche lentement et avec souffrance, c'est vrai; mais que j'aille seulement jusqu'à la place du Louvre; une fois dehors, il arrivera ce qu'il pourra.
Marguerite appuya sa tête sur sa main et réfléchit profondément.
— Et le roi de Navarre, dit-elle avec intention, vous ne m'en parlez plus. En changeant de religion, avez-vous donc perdu le désir d'entrer à son service?
— Madame, répondit La Mole en pâlissant, vous venez de toucher à la véritable cause de mon départ… Je sais que le roi de Navarre court les plus grands dangers et que tout le crédit de Votre Majesté comme fille de France suffira à peine à sauver sa tête.
— Comment, monsieur? demanda Marguerite; que voulez-vous dire et de quels dangers me parlez-vous?
— Madame, répondit La Mole en hésitant, on entend tout du cabinet où je suis placé.