— Ah! pauvre La Mole! fit Marguerite avec un cri de douleur.
La Mole entendit ce cri, lança à la reine un de ces regards qui pénètrent plus profondément dans le coeur que la pointe d'une épée, et sur un cercle trompé se fendit à fond.
Cette fois les deux femmes jetèrent deux cris qui n'en firent qu'un. La pointe de la rapière de La Mole avait apparu sanglante derrière le dos de Coconnas.
Cependant ni l'un ni l'autre ne tomba: tous deux restèrent debout, se regardant la bouche ouverte, sentant chacun de son côté qu'au moindre mouvement qu'il ferait l'équilibre allait lui manquer. Enfin le Piémontais, plus dangereusement blessé que son adversaire, et sentant que ses forces allaient fuir avec son sang, se laissa tomber sur La Mole, l'étreignant d'un bras, tandis que de l'autre il cherchait à dégainer son poignard. De son côté, La Mole réunit toutes ses forces, leva la main et laissa retomber le pommeau de son épée au milieu du front de Coconnas, qui, étourdi du coup, tomba; mais en tombant il entraîna son adversaire dans sa chute, si bien que tous deux roulèrent dans le fossé.
Aussitôt Marguerite et la duchesse de Nevers, voyant que tout mourants qu'ils étaient ils cherchaient encore à s'achever, se précipitèrent, aidées du capitaine des gardes. Mais avant qu'elles fussent arrivées à eux, les mains se détendirent, les yeux se refermèrent, et chacun des combattants, laissant échapper le fer qu'il tenait, se raidit dans une convulsion suprême.
Un large flot de sang écumait autour d'eux.
— Oh! brave, brave La Mole! s'écria Marguerite, incapable de renfermer plus longtemps en elle son admiration. Ah! pardon, mille fois pardon de t'avoir soupçonné!
Et ses yeux se remplirent de larmes.
— Hélas! hélas! murmura la duchesse, valeureux Annibal… Dites, dites, madame, avez-vous jamais vu deux plus intrépides lions?
Et elle éclata en sanglots.